Aaron, magicien du Bas-Empire, qui vivait du temps de l’empereur Manuel Comnène. On conte qu’il possédait les Clavicules de Salomon, qu’au moyen de ce livre il avait à ses ordres des légions de démons et se mêlait de nécromancie. On lui fit crever les yeux ; après quoi on lui coupa la langue, et ce ne fut pas là une victime de quelque fanatisme ; on le condamna comme bandit : on avait trouvé chez lui, entre autres abominations, un cadavre qui avait les pieds enchaînés et le cœur percé d’un clou. (Nicétas, Annales, liv. IV.) Abaddon, le destructeur ; chef des démons de la septième hiérarchie. C’est quelquefois le nom de l’ange exterminateur dans l’Apocalypse. Abadie (Jeannette d’), jeune fille du village de Siboure ou Siboro, en Gascogne. Delancre, dans son Tableau de l’inconstance des démons, raconte que Jeannette d’Abadie, dormant, un dimanche (le 13 septembre 1609), pendant la sainte messe, un démon profita du moment et l’emporta au sabbat (quoiqu’on ne fît le sabbat ni le dimanche ni aux heures des saints offices, temps où les démons ont peu de joie). Elle trouva au sabbat grande compagnie, vit que celui qui présidait avait à la tête deux visages, comme Janus, remarqua des crapauds royalement vêtus et très-honorés, et fut scandalisée des débauches auxquelles se livraient les sorcières. Du reste, elle ne fit rien de criminel et fut remise à son logis par le même moyen de transport qui l’avait emmenée. Elle se réveilla alors et ramassa une petite relique que le diable avait eu la précaution d’ôter de son cou avant de l’emporter. Il paraît que le bon curé à qui elle confessa son aventure lui fit comprendre en vain les dangers qu’elle avait courus ; elle retourna au sabbat et y fit sans scrupule tout ce que Satan ou ses représentants lui conseillaient de faire, se disant à elle-même qu’en faisant le mal prescrit elle n’en était pas responsable. Voy. Sabbat, Balcoin, Loups-garous, etc. Abalam, prince de l’enfer, très-peu connu. Il est de la suite de Paymon. Voy. ce mot. Abano. Voy. Pierre d’Apone. Abaris, grand prêtre d’Apollon, qui lui donna une flèche d’or sur laquelle il chevauchait par les airs avec la rapidité d’un oiseau ; ce qui a fait que les Grecs l’ont appelé l’Aérobate. Il fut, dit-on, maître de Pythagore, qui lui vola sa flèche, dans laquelle on doit voir quelque allégorie. On ajoute qu’Abaris prédisait l’avenir, qu’il apaisait les orages, qu’il chassait la peste ; on conte même que, par ses sciences magiques, il avait trouvé l’art de vivre sans boire ni manger. Avec les os de Pélops, il fabriqua une figure de Minerve, qu’il vendit aux Troyens comme un talisman descendu du ciel : c’est le Palladium qui avait la réputation de rendre imprenable la ville où il se trouvait. Abdeel (Abraham), appelé communément Schoenewald (Beauchamp), prédicateur à Custrin, dans la Marche de Brandebourg, fit imprimer à Than, en 1572, le Livre de la parole cachetée, dans lequel il a fait des calculs pour trouver qui est l’Antechrist et à quelle époque il doit paraître. Cette méthode consiste à prendre au hasard un passage du prophète Daniel ou de l’Apocalypse, et à donner à chaque lettre, depuis a jusqu’à z, sa valeur numérique. A vaut 1, b vaut 2, c vaut 3, et ainsi de suite. Abdeel déclare que l’Antéchrist est le pape Léon X. Il trouve de la même manière les noms des trois anges par lesquels l’Antéchrist doit être découvert. Ces trois anges sont Huss, Luther et un certain Noé qui nous est inconnu. Abd-el-Azys, astrologue arabe du dixième siècle, plus connu en Europe sous le nom d’Alchabitius. Son Traité d’astrologie judiciaire a été traduit en latin par Jean de Séville (Hispalensis). L’édition la plus recherchée de ce livre : Alchabitius, cum commento, est celle de Venise, 1503, in-4o de 140 pages. Abdias de Babylone. On attribue à un écrivain de ce nom l’histoire du combat merveilleux que livra saint Pierre à Simon le Magicien. Le livre d’Abdias a été traduit par Julius Africanus, sous ce titre : Historia certaminis apostolici, 1566, in-8o. Abeilard. Il est plus célèbre aujourd’hui par ses tragiques désordres que par ses ouvrages théologiques, dont les dangereuses erreurs lui attirèrent justement les censures de saint Bernard. Il mourut en 1142. Vingt ans après, Héloïse ayant été ensevelie dans la même tombe, on conte (mais c’est un pur conte) qu’à son approche la cendre froide d’Abeilard se réchauffa tout à coup, et qu’il étendit les bras pour recevoir celle qui avait été sa femme. Leurs restes étaient au Paraclet, dans une précieuse tombe gothique que l’on a transportée à Paris en 1799, et qui est présentement au cimetière du Père-Lachaise. Abeilles. C’était l’opinion de quelques démonographes que si une sorcière, avant d’être prise, avait mangé la reine d’un essaim d’abeilles, ce cordial lui donnait la force de supporter la torture sans confesser[1] ; mais cette découverte n’a pas fait principe. Dans certains cantons de la Bretagne, on prétend que les abeilles sont sensibles aux plaisirs comme aux peines de leurs maîtres, et qu’elles ne réussissent point, si on néglige de leur faire part des événements qui intéressent la maison. Ceux qui ont cette croyance ne manquent pas d’attacher à leurs ruches un morceau d’étoffe noire lorsqu’il y a une mort chez eux, et un morceau d’étoffe rouge lorsqu’il y a un mariage ou toute autre fête[2]. Les Circassiens, dans leur religion mêlée de christianisme, de mahométisme et d’idolâtrie, honorent la Mère de Dieu sous le nom de Mérième ou de Melissa. Ils la regardent comme la patronne des abeilles, dont elle sauva la race en conservant dans sa manche une de leurs reines, un jour que le tonnerre menaçait d’exterminer tous les insectes. Les revenus que les Circassiens tirent de leurs ruches expliquent leur reconnaissance pour le bienfait qui les leur a préservées. Solin a écrit que les abeilles ne peuvent pas vivre en Irlande ; que celles qu’on y amène y meurent tout à coup ; et que si l’on porte de la terre de cette île dans un autre pays et qu’on la répande autour des ruches, les abeilles sont forcées d’abandonner la place, parce que cette terre leur est mortelle. On lit la même chose dans les Origines d’Isidore. « Faut-il examiner, ajoute le père Lebrun dans son Histoire critique des superstitions, d’où peut venir cette malignité de la terre d’Irlande ? Non, car il suffit de dire que c’est une bourde, et qu’on trouve en Irlande beaucoup d’abeilles. » Abel, fils d’Adam. Des docteurs musulmans disent qu’il avait quarante-huit pieds de haut. Il se peut qu’ils aient raisonné d’après un tertre long de cinquante-cinq pieds, que l’on montre auprès de Damas, et qu’on nomme la tombe d’Abel. Les rabbins ont écrit beaucoup sur Abel. Ils lui attribuent un livre d’astrologie judiciaire qui lui aurait été révélé et qu’il aurait renfermé dans une pierre. Après le déluge, Hermès-Trismégiste le trouva : il y apprit l’art de faire des talismans sous l’influence des constellations. Ce livre est intitulé Liber de virtutibus planetarum et de omnibus rerum mundanarum virtutibus. Voy. le traité De essentiis essentiarum, qu’on décore faussement du nom de saint Thomas d’Aquin, pars IV, cap. ii. Voy. les Légendes de l’Ancien Testament. Abel de la Rue, dit le Casseur, savetier et mauvais coquin qui fut arrêté, en 1582, à Coulommiers, et brûlé comme sorcier, magicien, noueur d’aiguillettes, et principalement comme voleur et meurtrier. Voy. Ligatures. Aben-Ezra. Voy. Macha-Halla. Aben-Ragel, astrologue arabe, né à Cordoue au commencement du cinquième siècle. Il a laissé un livre d’horoscopes, d’après l’inspection des étoiles, traduit en latin sous le titre De judiciis seu fatis stellarum, Venise, 1485 ; rare. On dit que ses prédictions, quand il en faisait, se distinguaient par une certitude très-estimable. Abigor, démon d’un ordre supérieur, grand-duc dans la monarchie infernale. Soixante légions marchent sous ses ordres[3]. Il se montre sous la figure d’un beau cavalier portant la lance, l’étendard ou le sceptre ; il répond habilement sur tout ce qui concerne les secrets de la guerre, sait l’avenir, et enseigne aux chefs les moyens de se faire aimer des soldats. Abîme, et plus correctement abysme. C’est le nom qui est donné, dans l’Écriture sainte, 1o à l’enfer, 2o au chaos ténébreux qui précéda la création. Abominations. Voy. Sabbat. Abou-Ryhan, autrement appelé Mohammed-ben-Ahmed, astrologue arabe, mort en 330. Il passe pour avoir possédé à un haut degré le don de prédire les choses futures. On lui doit une introduction à l’astrologie judiciaire. Aboyeurs. Il y a en Bretagne et dans quelques autres contrées des hommes et des femmes affectés d’un certain délire inexpliqué, pendant lequel ils aboient absolument comme des chiens. Quelques-uns parlent à travers leurs aboiements, d’autres aboient et ne parlent plus. Le docteur Champouillon a essayé d’expliquer ce terrible phénomène, en l’attribuant aux suites d’une frayeur violente. Il cite un jeune conscrit de la classe de 1853 qui, appelé devant le conseil de révision, réclama son exemption pour cause d’aboiement ; il racontait qu’étant mousse à bord d’un caboteur, il avait été précipité à la mer par un coup de vent ; l’épouvante l’avait frappé d’un tel anéantissement, qu’il n’en était sorti que pour subir des suffocations qui l’empêchèrent de parler pendant une semaine. Lorsque la parole lui revint, elle s’entrecoupa à chaque phrase de cris véhéments, remplacés bientôt par des aboiements saccadés qui duraient quelques secondes. Ces spasmes furent reconnus bien réels, et le conscrit fut réformé. Mais il y a en Bretagne des aboyeuses qui apportent en naissant cette affreuse infirmité implantée dans quelques familles. Les bonnes gens voient là un maléfice, et nous ne savons comment expliquer une si triste misère. Nous pourrions citer un homme qui, dans l’agonie qui précéda sa mort, agonie qui dura trois jours, ne s’exprima que par des aboiements et ne put retrouver d’autre langage. Mais celui-là, dans la profanation des églises, en 1793, avait enfermé son chien dans un tabernacle. Nous connaissons aussi une famille où le père et la mère devenus muets, nous ne savons par quelle cause ni pour quelle cause, n’ont que des enfants muets. Ainsi les frères et les sœurs ne poussent que des cris inarticulés et ne s’entendent pas autrement pour les plus urgents besoins de la vie. Abracadabra. Avec ce mot d’enchantement, qui est très-célèbre, on faisait, surtout en Perse et en Syrie, une figure magique à laquelle on attribuait le don de charmer diverses maladies et de guérir particulièrement la fièvre. Il ne fallait que porter autour du cou cette sorte de philactère, écrit dans la disposition triangulaire que voici : Abracax ou Abraxas, l’un des dieux de quelques théogonies asiatiques, du nom duquel on a tiré le philactère abracadabra. Abracax est représenté sur des amulettes avec une tête de coq, des pieds de dragon et un fouet à la main. Les démonographes ont fait de lui un démon, qui a la tête d’un roi et pour pieds des serpents. Les basilidiens, hérétiques du deuxième siècle, voyaient en lui leur dieu suprême. Comme ils trouvaient que les sept lettres grecques dont ils formaient son nom faisaient en grec le nombre 365, qui est celui des jours de l’année, ils plaçaient sous ses ordres plusieurs génies qui présidaient aux trois cent soixante-cinq cieux, et auxquels ils attribuaient trois cent soixante-cinq vertus, une pour chaque jour. Les basilidiens disaient encore que Jésus-Christ, Notre-Seigneur, n’était qu’un fantôme bienveillant envoyé sur la terre par Abracax. Ils s’écartaient de la doctrine de leur chef. Abraham. Tout le monde connaît l’histoire de ce saint patriarche, écrite dans les livres sacrés. Les rabbins et les musulmans l’ont chargée de beaucoup de traditions curieuses, que le lecteur peut trouver dans les Légendes de l’Ancien Testament. Les Orientaux voient dans Abraham un savant astrologue et un homme puissant en prodiges. Suidas et Isidore lui attribuent l’invention de l’alphabet, qui est dû à Adam. Voy. Cadmus. Les rabbins font Abraham auteur d’un livre De l’explication des songes, livre que Joseph, disent-ils, avait étudié avant d’être vendu par ses frères. On met aussi sur son compte un ouvrage intitulé Jetzirah, ou la Création, que plusieurs disent écrit par le rabbin Akiba. Voy. ce nom. Les Arabes possèdent ce livre cabalistique, qui traite de l’origine du monde : ils l’appellent le Sepher. On dit que Vossius, qui raisonnait tout de travers là-dessus, s’étonnait de ne pas le voir dans les livres canoniques. Postel l’a traduit en latin : on l’a imprimé à Paris en 1552 ; à Mantoue en 1562, avec cinq commentaires ; à Amsterdam en 1642. On y trouve de la magie et de l’astrologie. — « C’est un ouvrage cabalistique très-ancien et très-célèbre, dit le docteur Rossi. Quelques-uns le croient composé par un écrivain antérieur au Talmud, dans lequel il en est fait mention. » — Le titre de l’ouvrage porte le nom d’Abraham ; mais ajoutons qu’il y a aussi des opinions qui le croient écrit par Adam lui-même. Abrahel, démon succube, connu par une aventure que raconte Nicolas Remy dans sa Démonolâtrie, et que voici ; — En l’année 1581, dans le village de Dalhem, au pays de Limbourg, un méchant pâtre, nommé Pierron, conçut un amour violent pour une jeune fille de son voisinage. Or cet homme mauvais était marié ; il avait même de sa femme un petit garçon. Un jour qu’il était occupé de la criminelle pensée de son amour, la jeune fille qu’il convoitait lui apparut dans la campagne:c’était un démon sous sa figure. Pierron lui découvrit sa passion ; la prétendue jeune fille promit d’y répondre, s’il se livrait à elle et s’il jurait de lui obéir en toutes choses. Le pâtre ne refusa rien, et son abominable amour fut accueilli. — Peu de temps après, la jeune fille, ou le démon qui se faisait appeler Abrahel par son adorateur, lui demanda, comme gage d’attachement, qu’il lui sacrifiât son fils. Le pâtre reçut une pomme qu’il devait faire manger à l’enfant; l’enfant, ayant mordu dans la pomme, tomba mort aussitôt. Le désespoir de la mère fit tant d’effet sur Pierron, qu’il courut à la recherche d’Abrahel pour en obtenir réconfort. Le démon promit de rendre la vie à l’enfant, si le père voulait lui demander cette grâce a genoux, en lui rendant le culte d’adoration qui n’est dû qu’à Dieu. Le pâtre se mit à genoux, adora, et aussitôt l’enfant rouvrit les yeux. On le frictionna, on le réchauffa ; il recommença à marcher et à parler. Il était le-même qu’auparavant, mais plus maigre, plus hâve, plus défait, les yeux battus et enfoncés, les mouvements plus pesants. Au bout d’un an, le démon qui l’animait l’abandonna avec un grand bruit, et l’enfant tomba à la renverse… Cette histoire décousue et Incomplète se termine par ces mots, dans la narration de Nicolas Remy : « Le corps de l’enfant, d’une puanteur insupportable, fut tiré avec un croc hors de la maison de son père et enterré dans un champ. » — Il n’est plus question du démon succube ni du pâtre. Absalon. On a écrit bien des choses supposées à propos de sa chevelure. Lepelletier, dans sa dissertation sur la grandeur de l’arche de Noé, dit que toutes les fois qu’on coupait les cheveux d’Absalon, on lui en ôtait trente onces… Abstinence. On prétend, comme nous l’avons dit, qu’Abaris ne mangeait pas et que les magiciens habiles peuvent s’abstenir de manger et de boire. Sans parler des jeûnes merveilleux dont il est fait mention dans la vie de quelques saints, Marie Pelet de Laval, femme du Hainaut, vécut trente-deux mois (du 6 novembre 1754 au 25 juin 1757) sans recevoir aucune nourriture, ni solide ni liquide. Anne Harley, d’Orival, près de Rouen, se soutint vingt-six ans en buvant seulement un peu de lait qu’elle vomissait quelques moments après l’avoir avalé. On citerait d’autres exemples. Dans les idées des Orientaux, les génies ne se nourrissent que de fumées odorantes qui ne produisent point de déjections. Abundia, fée bienfaisante honorée en Thuringe comme protectrice. Elle visite les maisons, où elle mange et boit avec ses compagnes ce qu’on leur a préparé, mais sans que rien des mets soit diminué par elles. Elles soignent les étables ; et on a des marques de leur passage par des gouttes de leurs cierges de cire jaune, qu’on remarque sur la peau des animaux domestiques. Acatriel, l’un des trois princes des bons démons, dans la cabale juive, qui admet des démons de deux natures. Acca-Laurentia, appelée aussi Lupa : la Louve, à cause de ses mœurs débordées, était mise au rang des divinités dans l’ancienne Rome, pour avoir adopté et nourri Romulus. Accidents. Beaucoup d’accidents peu ordinaires, mais naturels, auraient passé autrefois pour des sortilèges. Voici ce qu’on lisait dans un journal de 1841 : — « Mademoiselle Adèle Mercier (des environs de Saint-Gilles), occupée il y a peu de jours à arracher dans un champ des feuilles de mûrier, fut piquée au bas du cou par une grosse mouche qui, selon toute probabilité, venait de sucer le cadavre putréfié de quelque animal, et qui déposa dans l’incision faite par son dard une ou quelques gouttelettes du suc morbifique dont elle s’était repue. La douleur, d’abord extrêmement vive, devint insupportable. Il fallut que mademoiselle Mercier fut reconduite chez elle et qu’elle se mît au lit. La partie piquée s’enfla prodigieusement en peu de temps : l’enflure gagna. Atteinte d’une fièvre algide qui acquit le caractère le plus violent, malgré tous les soins qui lui furent prodigués, et quoique sa piqûre eût été cautérisée et alcalisée, mademoiselle Mercier mourut le lendemain, dans les souffrances les plus atroces. » Le Journal du Rhône racontait ce qui suit en juin 1841 : — « Un jeune paysan des environs de Bourgoin, qui voulait prendre un repas de cerises, commit l’imprudence, lundi dernier, de monter sur un cerisier que les chenilles avaient quitté après en avoir dévoré toutes les feuilles. Il y avait vingt minutes qu’il satisfaisait son caprice ou son appétit, lorsque presque instantanément il se sentit atteint d’une violente inflammation à la gorge. Le malheureux descendit en poussant péniblement ce cri : J’étouffe ! J’étouffe ! Une demi-heure après il était mort. On suppose que les chenilles déposent dans cette saison sur les cerises qu’elles touchent une substance que l’œil distingué à peine ; mais qui n’en est pas moins un poison. C’est donc s’exposer que de manger ces fruits sans avoir pris la sage précaution de les laver. » Accouchements. Chez les Grecs, les charmeuses retardaient un accouchement, un jour, une semaine et davantage ; en se tenant les jambes croisées et les doigts entrelacés à la porte de la pauvre femme prise des douleurs de l’enfantement. Voy. Aétite. Accouchements prodigieux. Torquemada, dans son Examéron, cité une femme qui mit au monde sept enfants à la fois, à Médina del Campo ; une autre femme de Salamanque qui en eut neuf d’une seule couche. Jean Pic de la Mirandole assure qu’une femme de son pays eut vingt enfants en deux grossesses, neuf dans l’une et onze dans l’autre. Voy. Irmentrude, Trazégnies, Imagination. Torquemada parle aussi d’une Italienne qui mit au monde soixante-dix enfants à la fois ; puis il rapporte, comme à l’abri du doute, ce que conte Albert le Grand, qu’une Allemande enfanta, d’une seule couche, cent cinquante enfants, tous enveloppés dans une pellicule, grands comme le petit doigt et très-bien formés[4]. Acham, démon que l’on conjure le jeudi. Voy. Conjuration. Achamoth, esprit, ange ou éon du sexe féminin, mère de Jéhovah, dans les stupides doctrines des valentiniens. Acharai-Rioho, chef des enfers chez les Yakouts. Voy. Mang-taar. Achéron, fleuve de douleur dont les eaux sont amères ; l’un des fleuves de l’enfer des païens. Dans des relations du moyen âge, l’Achéron est un monstre ; dans la mythologie grecque, Achéron était un homme qui donna à boire aux Titans altérés ; Jupiter l’en châtia en le changeant en fleuve et le jetant dans les enfers. Achérusie, marais d’Égypte près d’Héliopolis. Les morts le traversaient dans une barque, lorsqu’ils avaient été jugés dignes des honneurs de la sépulture. Les ombres des morts enterrés dans le cimetière voisin erraient, disait-on, sur les bords de ce marais, que quelques géographes appellent un lac. Achguaya-Xerac. Voy. Guayotta. Achmet, devin arabe du neuvième siècle, auteur d’un livre De l’interprétation des songes, suivant les doctrines de l’Orient. Le texte original de ce livre est perdu ; mais Rigault en a fait imprimer la traduction grecque et latine à la suite de l’Onéirocritique d’Artémidore ; Paris, 1603, in-4o. Aconce (Jacques), curé apostat du diocèse de Trente, qui, poussé par la débauche, embrassa le protestantisme en 1557, et passa en Angles-terre. La reine Élisabeth lui fit une pension. Aussi il ne manqua pas de rappeler diva Elisabetha, en lui dédiant son livre Des stratagèmes de Satan[5]. Mais nous ne mentionnons ce livre ici qu’à cause de son titre ; ce n’est pas un ouvrage de démonomanie, c’est une vile et détestable diatribe contre le Catholicisme. Adalbert, hérétique qui fit du bruit dans les Gaules au huitième siècle ; il est regardé par les uns comme un habile faiseur de miracles et par les autres comme un grand cabaliste. Il distribuait les rognures de ses ongles et de ses cheveux, disant que c’étaient de puissants préservatifs ; il contait qu’un ange, venu des extrémités du monde, lui avait apporté des reliques et des amulettes d’une sainteté prodigieuse. On dit même qu’il se consacra des autels à lui-même et qu’il se fit adorer. Il prétendait savoir l’avenir, lire dans la pensée et connaître la confession des pécheurs rien qu’en les regardant. Il montrait impudemment une lettre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, disant qu’elle lui avait été apportée par saint Michel. Baluze, dans son appendice aux Capitulaires des rois francs, a publié cette lettre, dont voici le litre : — « Au nom de Dieu : Ici commence la lettre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est tombée à Jérusalem, et qui a été trouvée par l’archange saint Michel, lue et copiée par la main : d’un prêtre nommé Jean, qui l’a envoyée à la ville de Jérémie à un autre prêtre, nommé Talasius ; et Talasius l’a envoyée en Arabie à un autre prêtre, nommé Léoban ; et Léoban l’a envoyée à la ville de Betsamie, où elle a été reçue par le prêtre Macarius, qui l’a renvoyée à la montagne du saint archange Michel ; et par le moyen d’un ange, la lettre est arrivée à la ville de Rome, au sépulcre de saint Pierre, où sont les clefs du royaume des deux ; et les douze prêtres qui sont à Rome ont fait des veilles de trois jours, avec des jeûnes et des prières, jour et nuit, » etc. El Adalbert enseignait à ses disciples une prière qui débutait ainsi : « Seigneur, Dieu tout-puissant, père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Alpha et Oméga, qui êtes sur le trône souverain, sur les Chérubins et les Séraphins, sur l’ange Uriel, l’ange Raguel, l’ange Cabuel, l’ange Michel, sur l’ange Inias, l’ange Tabuas, l’ange Simiel et l’ange Sabaoth, je vous prie de m’accorder ce que je vais vous dire. » C’était, comme on voit, très-ingénieux. Dans un fragment conservé des mémoires qu’il avait écrits sur sa vie, il raconte que sa mère, étant enceinte de lui, crut voir sortir de son côté droit un veau ; ce qui était, dit-il, le pronostic des grâces dont il fut comblé en naissant par le ministère d’un ange. On arrêta le cours des extravagances de cet insensé en l’enfermant dans une prison, où il mourut. Adam, le premier homme. Sa chute devant les suggestions de Satan est un dogme de la religion chrétienne. Les Orientaux font d’Adam un géant démesuré, haut d’une lieue ; ils en font aussi un magicien, un cabaliste ; les rabbins en font de plus un alchimiste et un écrivain. On a supposé un testament de lui ; et enfin les musulmans regrettent toujours dix traités merveilleux que Dieu lui avait dictés[6]. Adam (l’abbé). Il y eut un temps où l’on voyait le diable en toutes choses et partout, et peut-être n’avait-on pas tort. Mais il nous semble qu’on le voyait trop matériellement. Le bon et naïf Césaire d’Heisterbach a fait un livre d’histoires prodigieuses où le diable est la machine universelle ; il se montre sans cesse et sous diverses figurés palpables. C’était surtout à l’époque où l’on s’occupait en France de l’extinction des templiers. Alors un certain abbé Adam, qui gouvernait l’abbaye des Vaux-de-Gernay, au diocèse de Paris, avait l’esprit tellement frappé de l’idée que le diable le guettait, qu’il croyait le reconnaître à chaque pas sous des formes que sans doute le diable n’a pas souvent imaginé de prendre. — Un jour qu’il revenait de visiter une de ses petites métairies, accompagné d’un serviteur aussi crédule que lui, l’abbé Adam racontait comment le diable l’avait harcelé dans son voyage. L’esprit malin s’était montré sous la figure d’un arbre blanc de frimas, qui semblait venir à lui. — C’est singulier, dit un de ses amis ; n’étiez-vous pas la proie de quelque illusion causée par la course de votre cheval ? — Non, c’était Satan. Mon cheval s’en effraya ; l’arbre pourtant passa au galop et disparut derrière nous, il laissait une certaine odeur qui pouvait bien être du soufre. — Odeur de brouillard, marmotta l’autre. — Le diable reparut, et cette fois c’était un chevalier noir qui s’avançait vers nous pareillement. — Éloigne-toi, lui criai-je d’une voix étouffée. Pourquoi m’attaques-tu ? Il passa encore, sans avoir l’air de s’occuper de nous. Mais il revint une troisième fois, ayant la forme d’un homme grandit pauvre, avec un cou long et maigre. Je fermai les yeux et ne le revis que quelques instants plus tard sous le capuchon d’un petit moine. Je crois qu’il avait sous son froc une rondache dont il me menaçait. — Mais, interrompit l’autre, ces apparitions ne pouvaient-elles pas être des voyageurs naturels ? — Comme si on ne savait pas s’y reconnaître ! comme si nous ne l’avions pas vu derechef sous la figure d’un pourceau, puis sous celle d’un âne, puis sous celle d’un tonneau qui roulait dans la campagne, puis enfin sous la forme d’une roue de charrette qui, si je ne me trompe, me renversa, sans toutefois me faire aucun mal ! — Après tant d’assauts, la route s’était achevée sans autres mal-encontres[7]. Voy. Hallucinations. Adamantius, médecin juif, qui se fit chrétien à Constantinople, sous le règne de Constance, à qui il dédia ses deux livres sur la Physiognomonie ou l’art de juger les hommes par leur figure. Cet ouvrage, plein de contradictions et de rêveries, a été imprimé dans quelques collections, notamment dans les Scriptores physiognomoniæ veteres, grec et latin, cura J.-G.-F. Franzii ; Altembourg, 1780, in-8o. Adamiens ou Adamites. Hérétiques du second siècle, dans l’espèce des basilidiens. Ils se mettaient nus et proclamaient la promiscuité des femmes. Clément d’Alexandrie dit qu’ils se vantaient d’avoir des livres secrets de Zoroastre, ce qui a fait conjecturer à plusieurs qu’ils étaient livrés à la magie. Adelgreiff (Jean-Albert), fils naturel d’un pasteur aller mand, qui lui apprit le latin, le grec, l’hébreu et’plusieurs langues modernes. Il de-, vint fou et crut avoir des visions. Il disait que sept anges l’avaient chargé de représenter Dieu sur la terre et de châtier les souverains avec des verges de fer. Il signait ses décrets : « Jean Albrecht Àdelgreiff, Kihi Schmalk hitmandis, archi-souverain pontife, roiduroyau-me des ci eux, juge des vivants et des morts, Dieu et père, dans la gloire duquel le Christ viendra, au dernier jour, Seigneur de tous les seigneurs et Roi de tous les rois. » Il causa beaucoup de troubles par ses extravagances, qui trouvèrent, comme toujours, des partisans. On lui attribua des prodiges, et il fut brûle à Kœnigsberg comme magicien, hérétique et perturbateur, le 11 octobre 1636. Il avait prédit avec assurance qu’il ressusciterait le troisième jour, ce qui ne s’est pas vérifié. Adeline, ou plutôt Edeline. Voy. ce mot. Adelites, devins espagnols qui se vantaient de prédire par le vol ou le chant des oiseaux ce qui devait arriver en bien ou en mal. Adelung (Jean-Christophe), littérateur allemand, mort à Dresde en 1806. Il a laissé un ouvrage intitulé Histoire des folies humaines, ou Biographie des plus célèbres nécromanciens, alchimistes, devins, etc. ; sept parties ; Leipzig. 1785-1789. Adeptes, nom que prennent les alchimistes qui prétendent avoir trouvé la pierre, philosophale et l’élixir de vie. Ils disent qu’il y a toujours onze adeptes dans ce monde ; et, comme l’élixir les rend immortels, lorsqu’un nouvel alchimiste a découvert le secret du grand œuvre, il faut qu’un des onze anciens lui fasse place et se retire dans un autre des mondes élémentaires. Adès, ou Hadès, roi de l’enfer. Ce mot est pris, souvent, chez quelques poètes anciens, pour l’enfer même. Adhab-Algab, purgatoire des musulmans, où les méchants sont tourmentés par les anges noirs Munkir et Nékir. Adjuration, formule d’exorcisme par laquelle on commande, au nom de Dieu, à l’esprit malin de dire ou de faire ce qu’on exige de lui. Adonis, démon brûlé. Selon les démonologues, il remplit quelques fonctions dans les incendies[8]. Des savants croient que c’est le même que le démon Thamuz des Hébreux. Adoration du crapaud. Les sorciers n’adorent pas seulement le diable dans leurs hideuses assemblées. Tout aspirant qui est reçu là sorcier après certaines épreuves reçoit un crapaud, avec l’ordre de l’adorer ; ce qu’il fait en lui don-liant un baiser en signe de révérence. Voy. Sabbat. Adramelech, grand chancelier des enfers, intendant de la garde-robe du souverain des démons, président du haut conseil des diables. Il était adoré à Sépharvaïm, ville des Assyriens, qui brûlaient des enfants sur ses autels. Les rabbins disent qu’il se montre sous la figure d’un mulet, et quelquefois sous celle d’un paon. Adranos, idole sicilienne, qui a donné son nom à la ville d’Adranum, aujourd’hui Aderno. On élevait dans son temple mille chiens, dits sacrés, qui avaient pour mission principale de reconduire chez eux les hommes ivres. Adrien. Se trouvant en-Mésie, à la tête d’une légion auxiliaire, vers la fin du règne de Domitien, Adrien consulta un devin (car il croyait aux devins et à l’astrologie judiciaire), lequel lui prédit qu’il parviendrait un jour à l’empire. Ce n’était pas, dit-on, la première fois qu’on lui faisait cette promesse. Trajan, qui était son tuteur, l’adopta, et il régna en effet. On lui attribue en Écosse la construction de la muraille du Diable. Fulgose, qui croyait beaucoup à l’astrologie, rapporte, comme une preuve de la solidité de cette science, que l’empereur Adrien, très-habile astrologue, écrivait tous les ans, le premier jour du premier mois, ce qui lui devait arriver pendant l’année, et que, l’an qu’il mourut, il n’écrivit que jusqu’au mois de sa mort, donnant à connaître par son silence qu’il prévoyait son trépas. Mais ce livre de l’empereur Adrien, qu’on ne montra qu’après sa mort, n’était qu’un journal. Aéromancie, art de prédire les choses futures par l’examen des variations et des phénomènes de l’air. C’est en vertu de cette divination qu’une comète annonce la mort d’un grand homme. Cependant ces présages extraordinaires :peuvent rentrer dans la tératoscopie. François de la Torre-Blanca dit que l’aéromancie est l’art de dire la bonne aventure en faisant apparaître des spectres dans les airs, ou en représentant, avec l’aide des démons, les événements futurs dans un nuage, comme dans une lanterne magique. « Quant aux éclairs et au tonnerre, ajoute-t-il, ceci regarde les augures ; et les aspects du ciel et des planètes appartiennent à l’astrologie. » Aétite, espèce de pierre qu’on nomme aussi pierre d’aigle, selon la signification de ce mot grec, parce qu’on prétend qu’elle se trouve dans les nids des aigles. Matthiole dit que les aigles vont chercher, cette pierre jusqu’aux Indes, pour faire éclore plus facilement leurs petits. De là vient qu’on attribue à l’aétite la propriété de faciliter l’accouchement lorsqu’elle est attachée au-dessus du genou d’une femme, ou de le retarder si on la lui met à la poitrine. — Dioscoride dit qu’on s’en servait autrefois pour découvrir les voleurs. Après qu’on l’avait broyée, on en mêlait la cendre dans du pain fait exprès ; on en faisait manger à tous ceux qui étaient soupçonnés. On croyait que, si peu d’aétite qu’il y eût dans ce pain, le voleur ne pouvait avaler le morceau. Les Grecs modernes emploient encore cette vieille superstition, qu’ils rehaussent de quelques paroles mystérieuses. Voy. Alphitomancie. Ævoli (César), auteur ou collecteur d’un livre peu remarquable, intitulé Opuscules sur les attributs divins et sur le pouvoir qui a été donné aux démons de connaître les choses secrètes et de tenter les hommes. Opuscula de divinis attributis et de modo et potestate quam dæmones habent intelligendi et passiones animi excitandi, in-4o ; Venise, 1589. Agaberte. « Aucuns parlent, dit Torquemada, d’une certaine femme nommée Agaberte, fille d’un géant qui s’appelait Vagnoste, demeurant aux pays septentrionaux, laquelle était grande enchanteresse ; et la force de ses enchantements était si variée qu’on ne la voyait presque jamais en sa propre figure. Quelquefois c’était une petite vieille fort ridée, qui semblait ne se pouvoir remuer, ou bien une pauvre femme malade et sans forces ; d’autres fois elle était si haute qu’elle paraissait toucher les nues avec sa tête. Ainsi elle prenait telle forme qu’elle voulait aussi aisément que les auteurs écrivent d’Urgande la Méconnue. Et, d’après ce qu’elle faisait, le monde avait opinion qu’en un instant elle pouvait obscurcir le soleil, la lune et les étoiles, aplanir les monts, renverser les montagnes, arracher les arbres, dessécher les rivières, et faire autres choses pareilles, si aisément qu’elle semblait tenir tous les diables attachés et sujets a ses volontés[9]. » Agarès, démon, Voy. Aguarès. Agate, pierre précieuse à laquelle les anciens attribuaient des qualités qu’elle n’a pas, comme de fortifier le cœur, de préserver de la peste et de guérir les morsures du scorpion et de la vipère. Agathion, démon familier qui ne se montre qu’à midi. Il paraît en forme d’homme ou de bête ; quelquefois il se laisse enfermer dans un talisman, dans une bouteille pu dans un anneau magique[10]. Agathodémon, ou bon démon, adoré des Égyptiens sous la figure d’un serpent à tête humaine. Les Grecs de l’Arcadie donnaient ce nom à Jupiter. Les dragons ou serpents ailés, que les anciens révéraient, s’appelaient agalhodæmones, ou bons génies. Agla, sigle ou mot cabalistique auquel les rabbins attribuent le pouvoir de chasser l’esprit malin. Ce mot se compose des premières lettres de ces quatre mots hébreux : Athah gabor leolam, Adonaï : « Vous êtes puissant et éternel, Seigneur. » Ce charme n’était pas seulement employé par les Juifs et les cabalistes, quelques chrétiens hérétiques s’en sont armés souvent pour combattre les démons. L’usage en était fréquent au seizième siècle[11], et plusieurs livres magiques en sont pleins, principalement l’Enchridion attribué ridiculement au pape Léon III. Voy. Cabale. Aglaophotis, sorte d’herbe qui croît dans les marbrières de l’Arabie, et dont les magiciens se servaient pour évoquer les démons. Ils employaient ensuite l’anancitide et la syrrochite, autres ingrédients qui retenaient les démons évoqués aussi longtemps qu’on le voulait. Voy. Baaras. Agnan, ou Agnian, démon qui tourmente les Américains par des apparitions et des méchancetés. Il se montre surtout au Brésil et chez les Topinamboux. Il paraît sous toutes sortes de formes, de façon que ceux qui veulent le voir peuvent le rencontrer partout. Agobard, archevêque de Lyon au neuvième siècle. Il a écrit contre les épreuves judiciaires et contre plusieurs superstitions de son époque. On croyait de son temps que les sorciers faisaient les tempêtes, qu’ils étaient maîtres de la grêle et des intempéries. Ainsi, dit le saint évêque, on ôte à Dieu son pouvoir tout-puissant pour le donner à des hommes. Il éclaira donc son diocèse, et il est bon de remarquer ici que c’est toujours l’Église qui a le plus constamment combattu les superstitions. Cependant elle a cru avec raison aux magiciens et aux maléfices, mais jamais à leur omnipotence. Agraféna-Shiganskaia. L’une des maladies les plus générales sur les côtes nord-est de la Sibérie, surtout parmi les femmes : c’est une extrême délicatesse des nerfs. Cette maladie, appelée mirak dans ce pays, peut être causée par le défaut absolu de toute nourriture végétale ; mais la superstition l’attribue à l’influence d’une magicienne nommée Agraféna-Shiganskaia, qui, bien que morte depuis plusieurs siècles, continue, comme les vampires, à répandre l’effroi parmi les habitants et passe pour s’emparer des malades, — M. de Wrangel, qui rapporte ce fait dans le récit de son expédition au nord-est de la Sibérie, ajoute que parfois on trouve aussi des hommes, qui souffrent du mirak ; mais ce sont des exceptions. Agrippa (Henri-Corneille), médecin et philosophe, contemporain d’Érasme, l’un des savants hommes de son temps, dont on l’a appelé le Trismégiste ; né à Cologne en 1486, mort en 1535, après une carrière orageuse, chez le receveur général de Grenoble, et non à Lyon ni dans un hôpital, comme quelques-uns l’ont écrit, il avait été lié avec tous les grands personnages et recherché de tous les princes de son époque. Chargé souvent de négociations politiques, il fit de nombreux voyages, que Thevet, dans ses Vies des hommes illustres, attribue à la manie « de faire partout des tours de son métier de magicien ; ce qui le faisait reconnaître et chasser incontinent ». Agrippa. Entraîné par ses études philosophiques dans des excentricités où la magie intervenait, comme de nos jours le magnétisme et le spiritisme, il s’est égaré dans la théurgie des néo-platoniciens et s’est posé « héritier de l’école d’Alexandrie[12]. » Il a donc fait réellement de la magie, comme l’en accusent les démonologues, ou du moins il l’a tenté. Il s’est occupé aussi de l’alchimie, sans grand succès probablement, puisqu’il mourut pauvre. Il avait des prétentions à pénétrer l’avenir, et on raconte qu’il promit au connétable de Bourbon des succès contre François Ier, ce qui était peu loyal, car il était alors le médecin de Louise de Savoie. On croit pouvoir établir aussi qu’il avait étudié les arts extranaturels dans ces universités occultes qui existaient au moyen âge. Sa Philosophie occulte lui attira des persécutions. On y voit, malgré d’habiles détours, les traces évidentes de la théurgie. Aussi il a laissé une certaine réputation parmi les pauvres êtres qui s’occupent, de sciences sécrètes, et on a mis sous son nom de stupides opuscules magiques. On croyait encore sous Louis XIV qu’il n’était pas mort. Voyez sa légende, où il est peut-être trop ménagé, dans les Légendes infernales. Aguapa, arbré des Indes orientales dont on prétend que l’ombre est-venimeuse. Un homme vêtu qui s’endort sous cet arbre se relève tout enflé, et l’on assure qu’un homme nu crève sans ressource. Les habitants attribuent à la méchanceté du diable ces cruels effets. Voy. Bohon-Hupas. Aguarès, grand-duc de la partie orientale des enfers. Il se montre sous les traits d’un seigneur à cheval sur un crocodile, l’épervier au poing. Aguerre (Pierre d’). Sous Henri IV, dans cette partie des Basses-Pyrénées qu’on appelait le pays de Labour[13], on fit le procès en sorcellerie à un vieux coquin de soixante-treize ans, qui se nommait Pierre d’Aguerrè, et qui causait beaucoup de maux par empoisonnements, dits sortilèges. On avait arrêté, en même temps que lui, Marie d’Aguerre et Jeanne d’Aguerre, ses petites-filles ou ses petites-nièces, avec d’autres jeunes filles et les sorcières qui les avaient menées au sabbat. Jeanne d’Aguerre exposa les turpitudes qui se commettaient dans les grossières orgies où on l’avait conduite ; elle y avait vu le diable en forme de bouc. Marie d’Aguerre déposa que le démon adoré au sabbat s’appelait Léonard, qu’elle l’avait vu en sa forme de bouc sortir du fond d’une grande cruche placée au milieu de l’assemblée, qu’il lui avait paru prodigieusement haut, et qu’à la fin du sabbat il était rentré dans sa cruche. Deux témoins ayant affirmé qu’ils avaient vu Pierre d’Aguerre remplir au sabbat le personnage de maître des cérémonies, qu’ils avaient vu le diable lui donner un bâton doré avec lequel il rangeait, comme un maître de camp, les personnes et les choses, et qu’ils l’avaient vu à la fin de l’assemblée rendre au diable son bâton de commandement[14], le vieux coquin, qui avait bien d’autres méfaits, fut condamné à mort comme sorcier avéré. Voy. Bouc et Sabbat. Aigle. L’aigle a toujours été un oiseau de présage chez les anciens. Valère-Maxime rapporte que la vue d’un aigle sauva la vie au roi Déjotarus, qui ne faisait rien sans consulter les oiseaux ; comme il s’y connaissait, il comprit que l’aigle qu’il voyait le détournait d’aller loger dans la maison qu’on lui avait préparée, et qui s’écroula la nuit suivante. De profonds savants ont dit que l’aigle a des propriétés surprenantes y entre autres celle-ci, que sa cervelle desséchée, mise en poudre, imprégnée de suc de ciguë et, mangée en ragoût, rend si furieux ceux qui se sont permis ce régal, qu’ils s’arrachent les cheveux, et se déchirent jusqu’à ce qu’ils aient complètement achevé leur digestion. Le livre qui contient cette singulière recette[15] donne pour raison de ses effets que « la grande chaleur de la cervelle de l’aigle forme des illusions fantastiques en bouchant les conduits des vapeurs et en remplissant la tête de fumée ». C’est ingénieux et clair. On donne en alchimie le nom d’aigle à différentes combinaisons savantes. L’aigle céleste est une composition de mercure réduit en essence, qui passe pour un remède universel ; l’aigle de Vénus est une composition de vert-de-gris et de sel ammoniac, qui forment un safran ; l’aigle noir est une composition de cette cadmie vénéneuse qui se nomme cobalt, et que quelques alchimistes regardent comme la matière du mercure philosophique. Aiguilles. On pratique ainsi, dans quelques localités, une divination par les aiguilles. — On prend vingt-cinq aiguilles neuves ; on les met dans une assiette sur laquelle on verse de l’eau. Celles qui s’affourchent les unes sur les autres annoncent autant d’ennemis. On conte qu’il est aisé, de faire merveille avec de simples aiguilles à coudre, en leur communiquant une vertu qui enchante. Kornmann écrit ceci[16] : « Quant à ce que les magiciens, et les enchanteurs font avec l’aiguille dont on a cousu le suaire d’un cadavre, aiguille au moyen de laquelle ils peuvent lier les nouveaux mariés, cela ne doit pas s’écrire, de crainte de faire naître la pensée d’un pareil expédient… » Aiguillette. On appelle nouement de l’aiguillette un charme qui frappe tellement l’imagination de deux époux ignorants ou superstitieux, qu’il s’élève entre eux une sorte d’antipathie dont les accidents sont très-divers. Ce charme est jeté par des malveillants qui passent pour sorciers ou qui le sont. Voy. Ligatures. Aimant (Magnes), principal producteur de la vertu magnétique ou attractive. — Il y a sur l’aimant quelques erreurs populaires qu’il est bon de passer en revue. On rapporte des choses admirables, dit le docteur Brown[17], d’un certain aimant qui n’attire pas seulement le fer, mais la chair aussi. C’est un aimant très-faible, composé surtout de terre glaise semée d’un petit nombre de lignes magnétiques et ferrées. La terre glaise qui en est la base fait qu’il s’attache aux lèvres, comme l’hématite ou la terre de Lemnos. Les médecins qui joignent cette pierre à l’aétite lui donnent mal à propos la vertu de prévenir les avortements. On a dit de toute espèce d’aimant que l’ail peut lui enlever sa propriété attractive ; opinion certainement fausse, quoiqu’elle nous ait été transmise par Solin, Pline, Plutarque, Matthiole, etc. Toutes les expériences l’ont démentie. Un fil d’archal rougi, puis éteint dans le jus d’ail, ne laisse pas de conserver sa vertu polaire ; un morceau d’aimant enfoncé dans l’ail aura la même puissance attractive qu’auparavant ; des aiguilles laissées dans l’ail jusqu’à s’y rouiller n’en retiendront pas moins cette force d’attraction. On doit porter le même jugement de cette autre assertion, que le diamant a la vertu d’empêcher l’attraction de l’aimant, Placez un diamant (si vous en avez) entre l’aimant et l’aiguille, vous les verrez se joindre, dussent-ils passer par-dessus la pierre précieuse. Les auteurs que nous combattons ont sûrement pris pour des diamants ce qui n’en était pas. Mettez sur la même ligne, continue Brown, cette autre merveille contée par certains rabbins, que les cadavres humains sont magnétiques et que, s’ils sont étendus dans un bateau, le bateau tournera jusqu’à ce que la tête du corps mort regarde le septentrion. — François Rubus, qui avait une crédulité très-solide, reçoit comme vrais la plupart de ces faits inexplicables. Mais tout ce qui tient du prodige, il l’attribue au prestige du démon[18], et c’est un moyen facile de sortir d’embarras. Disons un mot du tombeau de Mahomet. Beaucoup de gens croient qu’il est suspendu, à Médine, entre deux pierres d’aimant placées avec art, l’une au-dessus et l’autre au-dessous ; mais ce tombeau est de pierre comme tous les autres, et bâti sur le pavé du temple. — On lit quelque part, à la vérité, que les mahométans avaient conçu un pareil dessein ; ce qui a donné lieu à la fable que le temps et l’éloignement des lieux ont fait passer pour une vérité, et que l’on a essayé d’accréditer par des exemples. On voit dans Pline que l’architecte Dinochàrès commença de voûter, avec des pierres d’aimant, le temple d’Arsinoé à Alexandrie, afin de suspendre en l’air la statue de cette reine ; il mourut sans avoir exécuté ce projet, qui eût échoué. — Rufin conte quel dans le temple de Sérapis, il y avait un chariot de fer que des pierres d’aimant tenaient suspendu ; que ces pierres ayant été ôtées, le chariot tomba et se brisa. Bède rapporte également, d’après des contes anciens, que le cheval de Bellérophon, qui était de fer, fut suspendu entre deux pierres d’aimant. C’est sans doute à la qualité minérale de l’aimant qu’il faut attribuer ce qu’assurent quelques-uns, que les blessures faites avec des armes aimantées sont plus dangereuses et plus difficiles à guérir, ce qui est détruit par l’expérience ; les incisions faites par des chirurgiens avec des instruments aimantés ne causent aucun mauvais effet. Rangez dans la même classe l’opinion qui fait de l’aimant un poison, parce que des auteurs le placent dans le catalogue des poisons. Gardas de Huerta, médecin d’un vice-roi espagnol, rapporte au contraire que les rois de Ceylan avaient coutume de se faire servir dans des plats de pierre d’aimant, s’imaginant par là conserver leur vigueur. On ne peut attribuer qu’à la vertu magnétique ce que dit Ætius, que si un goutteux tient quelque temps dans sa main une pierre d’aimant, il ne se sent plus de douleur, ou que du moins il éprouve un soulagement. C’est à la même vertu qu’il faut l’apporter ce qu’assure Marcellus Empiricus, que l’aimant guérit les maux de tête. Ces effets merveilleux ne sont qu’une extension gratuité de sa vertu attractive, dont tout le monde convient. Les hommes, s’étant aperçus de cette force secrète qui attire les corps magnétiques, lui ont donné encore une attraction, d’un ordre différent, la vertu de tirer la douleur de toutes les parties du corps ; c’est ce qui a fait ériger l’aimant en philtre. On dit aussi que l’aimant resserre les nœuds de l’amitié paternelle et de l’union conjugale, en même temps qu’il est très-propre aux opérations magiques. Les basilidiens en faisaient des talismans pour chasser les démons. Les fables qui regardent les vertus de cette pierre sont en grand nombre. Dioscoride assure qu’elle est pour les voleurs un utile auxiliaire ; quand ils veulent piller un logis, dit-il, ils allument du feu aux quatre coins, et y jettent des morceaux d’aimant. La fumée qui en résulte est si incommode, que ceux qui habitent la maison sont forcés de l’abandonner. Malgré l’absurdité de cette fable, mille ans après Dioscoride, elle a été adoptée par les écrivains qui ont compilé les prétendus secrets merveilleux d’Albert le Grand. Mais on ne trouvera plus d’aimant comparable à celui de Laurent Guasius. Cardan affirme que toutes les blessures faites avec des armes frottées de cet aimant ne causaient aucune douleur. Encore une fable : je ne sais quel écrivain assez grave a dit que l’aimant fermenté dans du sel produisait et formait le petit poisson appelé rémore, lequel possède la vertu d’attirer l’or du puits le plus profond. L’auteur de cette recette savait qu’on ne pourrait jamais le réfuter par l’expérience[19] ; et c’est bien dans ces sortes de choses qu’il ne faut croire que les faits éprouvés. Aimar. Voy. Baguette divinatoire. Ajournement. On croyait assez généralement autrefois que, si quelque opprimé, au moment de mourir, prenait Dieu pour juge, et s’il ajournait son oppresseur au tribunal suprême, il se faisait toujours une manifestation du gouvernement temporel de la Providence. Le mot toujours est une témérité, car on ne cite que quelques faits à l’appui de cette opinion. Le roi de Castille Ferdinand IV fut ajourné par deux gentils hommes injustement condamnés, et mourut au bout de trente jours. Énéas Sylvius raconte, et c’est encore un fait constaté, que François Ier, duc de Bretagne, ayant fait assassiner son frère (en 1450), ce prince, en mourant, ajourna son meurtrier devant Dieu, et que le duc expira au jour fixé[20]. Nous ne mentionnerons ici l’ajournement du grand maître des templiers, que l’on a dit avoir cité le pape et le roi au tribunal de Dieu, que pour faire remarquer au lecteur que cet ajournement a été imaginé longtemps après le supplice de ce grand maître. Voy. Templiers. Akbaba, vautour qui vit mille ans en se nourrissant de cadavres. C’est une croyance turque. Akhmin. Ville de la moyenne Thébaïde, qui avait autrefois le renom d’être la demeure des plus grands magiciens[21]. Paul Lucas parle, dans son second voyage[22], du serpent merveilleux d’Akhmin, que les musulmans honorent comme un ange, et que les chrétiens croient être le démon Asmodée. Voy. Haridi. Akiba, rabbin du premier siècle de notre ère, précurseur de Bar-Cokébas[23]. De simple berger, poussé par l’espoir d’obtenir la main d’une jeune fille dont il était épris, il devint un savant renommé. Les Juifs disent qu’il fut instruit par les esprits élémentaires, qu’il savait conjurer, et qu’il eut, dans ses jours d’éclat, jusqu’à quatre-vingt mille disciples… On croit qu’il est auteur du Jetzirah ou livré de la création, attribué aussi par les uns à Abraham, et par d’autres à Adam même. Akouan, démon géant, qui, dans les traditions persanes, lutta longtemps contre Roustam, et fut enfin, malgré sa masse énorme, tué par ce héros. — Roustam est en Perse un personnage que l’on ne peut comparer qu’à Roland, chez nous. Alain de l’Isle (Insulensis). religieux bernardin, évêque d’Auxerre au douzième siècle, autour vrai ou supposé de l’Explication des prophéties de Merlin (Explanationes in prophetias Merlini Angli ; Francfort, 1608, in-8o). Il composa, dit-on, ce commentaire, en 1170, à l’occasion du grand bruit que faisaient alors lesdites prophéties. Un autre Alain ou Alanus, qui vivait dans le même siècle, a laissé pour les alchimistes un livre intitulé Dicta de lapide philosophico, in-8o ; Leyde, 1600. Alaric, roi des Goths et premier roi du premier royaume d’Italie (car il y en a eu quatre avant nos jours, et aucun n’a pu durer). Olympiodore nous a conservé un récit populaire de son temps, suivant lequel, lorsque Alaric voulut envahir la Sicile, il fut repoussé par une statue mystérieuse qui lui lançait des flammes par l’un de ses pieds et des jets d’eau par l’autre. Il se retira à Cosenza, où il mourut subitement peu de jours après (an 410). Alary (François), songe-creux, qui a fait imprimer à Rouen, en 1701, la Prophétie du comte Bombaste, chevalier de la Rose-Croix, neveu de Paracelse, publiée en l’année 1609, sur la naissance de Louis le Grand. Alastor, démon sévère, exécuteur suprême des sentences du monarque infernal. Il fait les fonctions de Némésis. Zoroastre l’appelle le bourreau ; Origène dit que c’est le même qu’Azazel ; d’autres le confondent avec l’ange exterminateur. Les anciens appelaient les génies malfaisants alastores, et Plutarque dit que Cicéron, par haine contre Auguste, avait eu le projet de se tuer auprès du foyer de ce prince pour devenir son alastor. Albert le Grand, Albert le Teutonique, Albert de Cologne, Albert de Ratisbonne, Albertus Grotus, car on le désigne sous tous ces noms (le véritable était Albert de Groot), savant et pieux dominicain, mis à tort au nombre des magiciens par les démonographes, fut, dit-on, le plus curieux de tous les hommes. Il naquit dans la Souabe, à Lawigen sur le Danube, en 1205. D’un esprit fort grossier dans son jeune âge, il devint, à la suite d’une vision qu’il eut de la sainte Vierge, qu’il servait tendrement et qui lui ouvrit les yeux de l’esprit, l’un des plus grands docteurs de son siècle. Il fut le maître de saint Thomas d’Aquin. Vieux, il retomba dans la médiocrité, comme pour montrer qu’évidemment son mérite et sa science étendue n’étaient qu’un don miraculeux et temporaire. — D’anciens écrivains ont dit, après avoir remarqué la dureté naturelle de sa conception, que d’âne il avait été transmué en philosophe ; puis, ajoutent-ils, de philosophe il redevint âne[24]. Albert le Grand fut évêque de Ratisbonne, et mourut saintement à Cologne, âgé de quatre-vingt-sept ans. Ses ouvrages n’ont été publiés qu’en 1651 ; ils forment vingt et un volumes in-folio. En les parcourant, on admire un savant chrétien ; on ne trouve jamais rien qui ait pu le charger de sorcellerie. Il dit formellement au contraire : « Tous ces contes de démons qu’on voit rôder dans les airs, et de qui on tire le secret des choses futures, sont trop souvent des absurdités ou des fourberies[25]. » — C’est qu’on a mis sous son nom des livres de secrets merveilleux, auxquels il n’a jamais eu plus de part qu’à l’invention du gros canon et du pistolet que lui attribue Matthieu de Luna. Mayer dit qu’il reçut des disciples de saint Dominique le secret de la pierre philosophale, et qu’il le communiqua à saint Thomas d’Aquin ; qu’il possédait une pierre marquée naturellement d’un serpent, et douée de cette vertu admirable, que si on la mettait dans un lieu fréquenté par des serpents, elle les attirait tous ; qu’il employa, pendant trente ans, toute sa science de magicien et d’astrologue à faire, de métaux bien choisis et sous Inspection des astres, un automate doué de la parole, qui lui servait d’oracle et résolvait toutes les questions qu’on lui proposait : c’est ce qu’on appelle l’androïde d’Albert le Grand ; que cet automate fut anéanti par saint Thomas d’Aquin, qui le brisa à coups de bâton, dans l’idée que c’était un ouvrage ou un agent du diable. On sent que tous ces petits faits sont des contes. On a donné aussi à Virgile, au pape Sylvestre II, à Roger Bacon, de pareils androïdes. Vaucanson a montré que c’était un pur ouvrage de mécanique. Une des plus célèbres sorcelleries d’Albert le Grand eut lieu à Cologne. Il donnait un banquet dans son cloître à Guillaume II, comte de Hollande et roi des Romains ; c’était dans le cœur de l’hiver ; la salle du festin présenta, à la grande surprise de la cour, la riante parure du printemps ; mais, ajoute-t-on, les fleurs se flétrirent a la fin du repas. À une époque où l’on ne connaissait pas les serres chaudes, l’élégante prévenance du bon et savant religieux dut surprendre. — Ce qu’il appelait lui-même ses opérations magiques n’était ainsi que de la magie blanche. Finissons en disant que son nom d’Albert le Grand n’est pas un nom de gloire, mais la simple traduction de son nom de famille, Albert de Groot. On lui attribue donc le livre intitulé les Admirables secrets d’Albert le Grand, contenant plusieurs traités sur les vertus des herbes, des pierres précieuses et des animaux, etc., augmentés d’un abrégé curieux de la physionomie et d’un préservatif contre la peste, les fièvres malignes, les poisons et l’infection de l’air, tirés et traduits des anciens manuscrits de l’auteur qui n’avaient pas encore paru, etc., in-18, in-24, in-12. Excepté du bon sens, on trouve de tout dans ce fatras, jusqu’à un traité des fientes qui, « quoique viles et méprisables, sont cependant en estime, si on s’en sert aux usages prescrits (les engrais) ». Le récollecteur de ces secrets débute par une façon de prière ; après quoi il donne la pensée du prince des philosophes, lequel pense que l’homme est ce qu’il y a de meilleur dans le monde, attendu la grande sympathie qu’on découvre entre lui et les signes du ciel, qui est au-dessus de nous, et par conséquent nous est supérieur. Le livre Ier traite principalement, et de la manière la plus inconvenante, de l’influence des planètes sur la naissance des enfants, du merveilleux effet des cheveux de la femme, des monstres, de la façon de connaître si une femme enceinte porte un garçon ou une fille, du venin que les vieilles femmes ont dans les yeux, surtout si elles y ont de la chassie, etc. Toutes ces rêveries grossières sont fastidieuses, absurdes et fort sales. On voit au livre II les vertus de certaines pierres, de certains animaux, et les merveilles du monde, des planètes et des astres. — Le livre III présente l’excellent traité des fientes, de singulières idées sur les urines, les punaises, les vieux souliers et la pourriture ; des secrets pour amollir le fer, pour manier les métaux, pour dorer l’étain et pour nettoyer la batterie de cuisine. Le livre IV est un traité de physiognomonie, avec des remarques savantes, des observations sur les jours heureux et malheureux, des préservatifs contre la fièvre, des purgatifs, des recettes de cataplasmes et autres choses de même nature. Nous rapporterons en leur lieu ce qu’il y a de curieux dans ces extravagances, et le lecteur, comme nous, trouvera étonnant qu’on vende chaque année par milliers d’exemplaires les secrets d’Albert le Grand aux habitants malavisés des campagnes. Le solide Trésor du Petit Albert, ou secrets merveilleux de la magie naturelle et cabalistique, traduit exactement sur l’original latin intitulé Alberti Parvi Lucii liber de mirabilibus naturæ arcanis, enrichi de figures mystérieuses et la manière de les faire (ce sont des figures de talismans). Lyon, chez les héritiers de Beringos fratres, à l’enseigne d’Agrippa. In-18, 6516 (année cabalistique). — Albert le Grand est également étranger à cet autre recueil d’absurdités, plus dangereux que le premier, quoiqu’on n’y trouve pas, comme les paysans se l’imaginent, les moyens d’évoquer le diable. On y voit la manière de nouer et de dénouer l’aiguillette, la composition de divers philtres, l’art de savoir en songe qui on épousera, des secrets pour faire danser, pour multiplier les pigeons, pour gagner au jeu, pour rétablir le vin gâté, pour faire des talismans cabalistiques, découvrir les trésors, se servir de la main de gloire, composer l’eau ardente et le feu grégeois, la jarretière et le bâton du voyageur, l’anneau d’invisibilité, la poudre de sympathie, l’or artificiel, et enfin des remèdes contre les maladies, et des gardes pour les troupeaux. Voy. ces divers articles. Albert d’Alby, auteur de l’Oracle parfait. Voy. Cartomancie, à la fin. Albert de Saint-Jacques, moine du dix-septième siècle, qui publia un livre intitulé Lumure aux vivants par l’expérience des morts, ou diverses apparitions des âmes du purgatoire en notre siècle. In-8o, Lyon, 1675. Albigeois, fusion de manichéens très-perfides, dont l’hérésie éclata dans le Languedoc, et eut pour centre Albi. Ils admettaient deux principes, disant que Dieu avait produit de lui-même Lucifer, qui était ainsi son fils aîné ; que Lucifer, fils de Dieu, s’était révolté contre lui ; qu’il avait entraîné dans sa rébellion une partie des anges ; qu’il s’était vu alors chassé du ciel avec ses complices ; qu’il avait, dans son exil, créé ce monde que nous habitons, où il régnait et où tout allait mal. Ils ajoutaient que Dieu, pour rétablir l’ordre, avait produit un second fils, qui était Jésus-Christ. Ce singulier dogme se présentait avec des variétés, suivant les différentes sectes. Presque toutes niaient la résurrection de la chair, l’enfer et le purgatoire, disant que nos âmes n’étaient que des démons logés dans nos corps en châtiment de leurs crimes. — Les Albigeois avaient pris, dès la fin du douzième siècle, une effrayante consistance. Ils tuaient les prêtres et les moines, brûlaient les croix, détruisaient les églises. De si odieux excès marquaient leur passage, que, les remontrances et les prédications étant vaines, il fallut faire contre eux une croisade, dont Simon de Montfort fut le héros. On a dénaturé et faussé par les plus insignes mensonges l’histoire de cette guerre sainte[26] ; on a oublié que, si les Albigeois eussent triomphé, l’Europe retombait dans la plus affreuse barbarie. Il est vrai que leurs défenseurs sont les protestants, héritiers d’un grand nombre de leurs erreurs, et les philosophes, amateurs assez souvent de leurs désordres. Albigerius. Les démonographes disent que les possédés, par le moyen du diable, tombent quelquefois dans des extases pendant lesquelles leur âme voyage loin du corps, et fait à son retour des révélations de choses secrètes. C’est ainsi, comme dit Leloyer, que les corybantes devinaient et prophétisaient, phénomènes que le somnambulisme expliquerait peut-être. Saint Augustin parle d’un Carthaginois, nommé Albigerius, qui savait par ce moyen tout ce qui se faisait hors de chez lui. Chose plus étrange, a la suite de ses extases, il révélait souvent ce qu’un autre songeait dans le plus secret de sa pensée. Saint Augustin cite un autre frénétique qui, dans une grande fièvre, étant possédé du mauvais esprit, sans extase, mais bien éveillé, rapportait fidèlement tout ce qui se faisait loin de lui. Lorsque le prêtre qui le soignait était à six lieues de la maison, le diable, qui parlait par la bouche du malade, disait aux personnes présentes en quel lieu était ce prêtre à l’heure où il parlait et ce qu’il faisait, etc. On prétend que Cagliostro en faisait autant. Ces choses-là sont surprenantes. Mais l’âme immortelle, suivant la remarque d’Aristote, peut quelquefois voyager sans le corps[27]. Albinos. Nom que les Portugais ont donné à des hommes d’une blancheur extrême, qui sont ordinairement enfants de nègres. Les noirs les regardent comme des monstres, et les savants ne savent à quoi attribuer cette blancheur. Les albinos sont pâles comme des spectres ; leurs yeux, faibles et languissants pendant le jour, sont brillants à la clarté de la lune. Les noirs, qui donnent aux démons la peau blanche, regardent les albinos comme des enfants du démon. Ils croient qu’ils peuvent les combattre aisément pendant le jour, mais que la nuit les albinos sont les plus forts et se vengent. Dans le royaume de Loango, les albinos passent pour des démons champêtres et obtiennent quelque considération à ce titre. Vossius dit qu’il y a dans la Guinée des peuplades d’albinos. Mais comment ces peuplades subsisteraient-elles, s’il est vrai que ces infortunés ne se reproduisent point ? Il paraît que les anciens connaissaient les albinos. « On assure, dit Pline, qu’il existe en Albanie des individus qui naissent avec des cheveux blancs, des yeux de perdrix, et ne voient clair que pendant la nuit. » Il ne dit pas que ce soit une nation, mais quelques sujets affectés d’une maladie particulière. « Plusieurs animaux ont aussi leurs albinos, ajoute M. Salgues ; les naturalistes ont observé des corbeaux blancs, des merles blancs, des taupes blanches ; leurs yeux sont rouges, leur peau est plus pale et leur organisation plus faible[28]. » Alborak. Voy. Borak. Albumazar, astrologue du neuvième siècle, né dans le Khorassan, connu par son traité astrologique intitulé Milliers d’années, où il affirme que le monde n’a pu être créé que quand les sept planètes se sont trouvées en conjonction dans le premier degré du Bélier, et que la fin du monde aura lieu quand ces sept planètes, qui sont aujourd’hui (en 1862) au nombre de cinquante et une, se rassembleront dans le dernier dégrèves Poissons. On a traduit en latin et imprimé d’Albumazar le Tractatus florum astrologiæ, in-4o, Augsbourg, 1488. On peut voir dans Casiri, Biblioth. arab. hispan., t. Ier, p. 351, le catalogue de ses ouvrages. Albunée, sibylle célèbre. On voit encore son temple à Tivoli, en ruines, il est vrai. Voy. Sibylles. Alchabitius. Voy. Abd-el-Azys. Alchimie. L’alchimie ou chimie par excellence, qui s’appelle aussi philosophie hermétique, est cette partie éminente de la chimie qui s’occupe de l’art de transmuer les métaux. Son résultat, en expectative, est la pierre philosophale. Voy. Pierre philosophale et Gobineau. Alchindus, que Wierus[29] met au nombre des magiciens, mais que Delrio[30] se contente de ranger parmi les écrivains superstitieux, était un médecin arabe du onzième siècle qui employait comme remède les paroles charmées et les combinaisons de chiffres. Des démonologues l’ont déclaré suppôt du diable, à cause de son livre intitulé Théorie des arts magiques, qu’ils n’ont point lu. Jean Pic de la Mirándole dit qu’il ne connaît que trois hommes qui se soient occupés de la magie naturelle et permise : Alchindus, Roger Bacon et Guillaume de Paris. Alchindus était simplement un peu physicien dans des temps d’ignorance. À son nom arabe Alcendi, qu’on a latinisé, quelques-uns ajoutent le prénom de Jacob ; on croit qu’il était mahométan. — On lui reproche d’avoir écrit des absurdités. Par exemple, il pensait expliquer les songes en disant qu’ils sont l’ouvrage des esprits élémentaire qui se montrent à nous dans le sommeil et nous représentent diverses actions fantastiques, comme des acteurs qui jouent la comédie devant le public ; ce qui n’est peut-être pas si bête. Alcoran. Voy. Koran. Alcyon. Une vieille opinion, qui subsiste encore chez les habitants des côtes, c’est que l’alcyon ou martin-pêcheur est une girouette naturelle, et que, suspendu par le bec, il désigne le côté d’où vient le vent, en tournant sa poitrine vers ce point de l’horizon. Ce qui a mis cette croyance en crédit parmi le peuple, c’est l’observation qu’on a faite que l’alcyon semble étudier les vents et les deviner lorsqu’il établit son nid sur les îlots, vers le solstice d’hiver. Mais cette prudence est-elle dans l’alcyon une prévoyance qui lui soit particulière ? N’est-ce pas simplement un instinct de la nature qui veille à la conservation de cette espèce ? « Bien des choses arrivent, dit Brown, parce que le premier moteur l’a ainsi arrêté, et la nature les exécute par des voies qui nous sont inconnues. » C’est encore une ancienne coutume de conserver les alcyons dans des coffres, avec l’idée qu’ils préservent des vers les étoffes de laine. On n’eut peut-être pas d’autre but en les pendant au plafond des chambres. « Je crois même, ajoute Brown, qu’en les suspendant par le bec on n’a pas suivi la méthode des anciens, qui les suspendaient par le dos, afin que le bec marquât les vents. Car c’est ainsi que Kirker a décrit l’hirondelle de mer. » Disons aussi qu’autrefois, en conservant cet oiseau, on croyait que ses plumes se renouvelaient comme s’il eût été vivant, et c’est ce qu’Albert le Grand espéra inutilement dans ses expériences[31]. Outre les dons de prédire le vent et de chasser les vers, on attribue encore à l’alcyon la précieuse qualité d’enrichir son possesseur, d’entretenir l’union dans les familles et de communiquer la beauté aux femmes qui portent ses plumes. Les Tartares et les Ostiaks ont une très-grande vénération pour cet oiseau. Ils recherchent ses plumes avec empressement, les jettent dans un grand vase d’eau, gardent avec soin celles qui surnagent, persuadés qu’il suffit de loucher quelqu’un avec ces plumes pour s’en faire aimer. Quand un Ostiak est assez heureux pour posséder un alcyon, il en conserve le bec, les pattes et la peau, qu’il met dans une bourse, et, tant qu’il porte ce trésor, il se croit à l’abri de tout malheur[32]. C’est pour lui un talisman comme les fétiches des nègres. Voy. Âme damnée. Aldon. Voy. Granson. Alectorienne (Pierre). Voy. Coq. Alectryomancie ou Alectromancie. Divination par le moyen du coq, usitée chez les anciens. Voici quelle était leur méthode : — On traçait sur le sable un cercle que l’on divisait en vingt-quatre espaces égaux. On écrivait dans chacun de ces espaces une lettre de l’alphabet ; on mettait sur chaque lettre un grain d’orge ou de blé ; on plaçait ensuite au milieu du cercle un coq dressé à ce manège ; on observait sur quelles lettres il enlevait le grain ; on en suivait l’ordre, et ces lettres rassemblées formaient un mot quu donnait la solution de ce que l’on cherchait à savoir. Des devins, parmi lesquels on cite Jamblique, voulant connaître le successeur de l’empereur Valens, employèrent l’alectryomancie ; le coq tira les lettres Théod… Valens, instruit de cette particularité, fit mourir plusieurs des curieux qui s’en étaient occupés, et se défit même, s’il faut en croire Zonaras, de tous les hommes considérables dont le nom commençait par les lettres fatales. Mais, malgré ses efforts, son sceptre passa à Théodose le Grand. — Cette prédiction a dû être faite après coup[33]. Ammien-Marcellin raconte la chose autrement. Il dit que sous l’empire de Valens on comptait parmi ceux qui s’occupaient de magie beaucoup de gens de qualité et quelques philosophes. Curieux de savoir quel serait le sort de l’empereur régnant, ils s’assemblèrent la nuit dans une des maisons affectées à leurs cérémonies : ils commencèrent par dresser un trépied de racines et de rameaux de laurier, qu’ils consacrèrent par d’horribles imprécations ; sur ce trépied ils placèrent un bassin formé de différents métaux, et ils rangèrent autour, à distances égales, toutes les lettres de l’alphabet. Alors le mystagogue le plus savant de la compagnie s’avança, enveloppé d’un long voile, la tête rasée, tenant à la main des feuilles de verveine, et faisant à grands cris d’effroyables invocations qu’il accompagnait de convulsions. Ensuite, s’arrêtant tout à coup devant le bassin magique, il y resta immobile, tenant un anneau suspendu par un fil. C’était de la dactylomancie. À peine il achevait de prononcer les paroles du sortilège, qu’on vit le trépied s’ébranler, l’anneau se remuer, et frapper tantôt une lettre, tantôt une autre. À mesure que ces lettres étaient ainsi frappées, elles allaient s’arranger d’elles-mêmes, à côté l’une de l’autre, sur une table où elles composèrent des vers héroïques qui étonnèrent toute l’assemblée. Valens, informé de cette opération, et n’aimant pas qu’on interrogeât les enfers sur sa destinée, punit les grands et les philosophes qui avaient assisté à cet acte de sorcellerie : il étendit même la proscription sur tous les philosophes et tous les magiciens de Rome. Il en péril une multitude ; et les grands, dégoûtés d’un art qui les exposait à des supplices, abandonnèrent la magie à la populace et aux vieilles, qui ne là firent plus servir qu’à de petites intrigues et à des maléfices subalternes. Voy. Coq, Mariage, etc. Alès (Alexandre), ami de Mélanchthon, né en 1500 à Édimbourg. Il raconte que, dans sa jeunesse, étant monté sur le sommet d’une très-haute montagne, il fit un faux pas et roula dans un précipice. Comme il était près de s’y engloutir, il se sentit transporter en un autre lieu, sans savoir par qui ni comment, et se retrouva sain et sauf, exempt de contusions et de blessures. Quelques-uns attribuèrent ce prodige aux amulettes qu’il portait au cou, selon l’usage des enfants de ce temps-là. Pour lui, il l’attribue à la foi et aux prières de ses parents, qui n’étaient pas hérétiques.

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【地獄の辞典】Main|マン(手)

解説

手。教会初期の異端宗派であるボルボリト派は、神学的に不条理な見解を持っていたため、当然のことながら物笑いの種となった。

彼らは、手こそが人類の文明のすべてであり、手がなければ人間は馬や牛と変わらず、精神も二股の足や角のような手、あるいは長い爪を持つ脚があっては役に立たないと主張した。彼らは起源に関する体系を構築し、人間は最初は犬のような足しか持たず、足しかなかった頃は獣のように平和と幸福な無知、そして調和の中に生きていたが、ある精霊が人間に愛情を抱き、手を与えたのだと語った。

それ以来、我々の先祖は器用になり、武器を作り、他の動物を征服し、手によって驚くべきものを想像し、創造し、家を建て、衣服を仕立て、絵を描いた。彼らは「人間から手を奪えば、どんなに知性があろうとも、どうなるか見てみろ」と言ったのである。

しかし我々には手があり、それを与えたのは神である。我々は二本しか持たないにもかかわらず、喧伝される平等という不可能な法則も、我々の手においては失敗している。

そこには貴族制さえ存在するのだ。右手は左手より遥かに優れていると信じており、それは太古からの古い偏見である。

アリストテレスはザリガニを特権的な存在として挙げているが、それは右足の方が左足よりずっと大きいからである。古代、ペルシャ人やメディアン人は我々と同じように右手で誓いを立てた。

黒人は左手を右手の召使いと見なし、労働のために作られたと考え、右手のみが食べ物を口に運び、顔に触れる権利を持つとした。マラバールの住民は、誰かが左手で触れた食物を食べようとはしなかった。

ローマ人は右手に非常に高い優先順位を与えていたため、食卓に着くときは、もう片方の手を完全に自由にしておくために、常に左側を下にして横たわった。彼らは左手を非常に警戒しており、友情を表現する際には、必ず二つの右手を合わせた形でしか象徴しなかった。

我々の社会においても、こうした見解はすべて生き残っている。迷信深い人々は、左手で十字を切っても何の効果もないと主張する。

そのため、子供たちは何でも右手で行い、左手は無価値なものと見なすよう習慣付けられるが、おそらく両手を等しく使うことには利点があるだろう。手にこれほど正当な重要性が置かれている以上、学者がそこに人間の運命のすべてを求めたとしても驚くにはあたらない。

手相術、すなわち手による占いという題名で膨大な書物が書かれてきた。この奇妙な学問は、少なくとも好奇心をそそる多くの手がかりを提示している。

これはボヘミア人(ロマ)たちの知識そのものであり、我々の先祖は彼らを占い師と見なしていたし、今でも田舎では耳を傾けられている。人は常に真理に対しては氷のように冷たく、嘘に対しては燃え上がるような情熱を持ち、何よりも驚異を好むと言われている。

ラ・フォンテーヌは「もし『ロバの皮』の話を聞かされるなら、私はそれに極上の喜びを感じるだろう」と言った。これが我々の良き祖先たちがボヘミア人の占いを信じた理由であり、神秘的な科学の中でも著名な、信奉者たちが手相術、キイロマンシー、あるいはキロスコピーと呼ぶ、手によって吉凶を占う術の原理である。

手には区別すべき重要な部分がいくつかある。掌、拳、指、爪、関節、線、そして丘である。

指は5本あり、親指、人差し指、中指、薬指、小指である。関節は15あり、小指に3、薬指に3、中指に3、人差し指に3、親指に2、そして手と腕の間に1ある。

主要な線は4本ある。生命線は最も重要で、親指と人差し指の間から始まり、親指の付け根の下を通って手と腕を分ける関節の中ほどまで伸びる。

健康と精神の線は生命線と同じ起点から始まり、掌を二分して掌の付け根の中央、手首の関節と小指の付け根の間に終わる。幸運線、あるいは幸福線は人差し指の付け根から始まり、小指の根元の手前で掌の下部に終わる。

最後に、関節線は最も重要性が低く、腕から手へ移行する手首付近にあり、線というよりは皺に近い。5番目の線として、すべての手にあるわけではないが、「三角線」と呼ばれるものがある。

これは親指の付け根の下の関節の中央から始まり、小指の付け根の下で終わる。また、7つの惑星の名を冠した7つの隆起(丘)がある。

これらについては後ほど説明する。手相術では常に左手を用いる。

右手はより高貴であるとはいえ、酷使されるために線に不自然な不規則性が生じることがあるからである。そのため、休息して少し冷え、何の動揺もない状態の左手を取り、線の色や形を正確に観察する。

手の形状だけでも、その人の将来の運命とは言わないまでも、少なくとも性格や精神についての手がかりは得られる。一般に、大きな手は閉鎖的な精神を暗示するが、指が長く少しほっそりしていれば例外である。

女性の手に好まれるような、指先が紡錘形をしたふっくらした手は、非常に広範な知性を示唆するものではない。指が掌にめり込むような形は、精神が遅いこと、時には欺瞞に傾く性質の紛れもない兆候である。

逆に指が掌から反り返るような形は、反対の資質を暗示する。指の先が根元と同じ太さであれば悪い兆候はなく、関節部分が根元より太い指は良いことを示唆する。

我々はこれらの詳細を真剣に記すが、これらを論破する必要があるとは考えていない。幅の広い手は、狭すぎる手よりも価値がある。

手が美しいとされるためには、掌の幅が中指の長さに相当する必要がある。関節線が時に二重になり、鮮やかで色づいていれば、幸運な気質を暗示する。

それが真っ直ぐで全長にわたり均等に記されていれば、富と幸福を約束する。もし関節に4本の目に見える等しい直線があれば、名誉、尊厳、豊かな相続を期待できる。

3本の小さな垂直線が横切っていたり、目立つ点がいくつかあれば、裏切られることの確実な兆候である。関節から出発して腕に沿って消える線は、追放されることを暗示する。

これらの線が掌の中で消える場合は、陸路や海路での長い旅を予兆する。関節線上に十字の形を持つ女性は貞淑で穏やか、名誉と知恵に満ちており、夫に幸福をもたらすだろう。

生命線、別名「心の線」が長く、明確で均等、鮮やかな色をしていれば、災いのない人生と美しい老年を予兆する。もしこの線が無色で曲がりくねり、短く、不明瞭で、小さな横線で分断されていれば、短命や健康状態の悪さを暗示する。

もし細いが長く、色づきが良ければ、知恵や独創的な精神を指し示す。幅広くて青白い場合は、時として愚かさの兆候である。

深く、色の不均一な線は、悪意、おしゃべり、嫉妬、傲慢を示す。生命線が親指と人差し指の間で二股に分かれていれば、それは浮気性の兆候である。

この線が中央付近で2本の小さな横線によって切られていれば、死が近い兆候である。生命線が枝分かれした枝のような小さな皺に囲まれていれば、その皺が掌の上部に向かっている限り、富の予兆となる。

それらが掌の下部を向いていれば貧困を暗示する。生命線が中断され、途切れるたびに、それは病気を意味する。

健康と精神の線は中線とも呼ばれる。これが真っ直ぐで明確に記され、自然な色をしていれば、健康と精神、健全な判断力、幸福な記憶力、鋭い洞察力を与える。

線が長ければ、完全な健康を享受できる。線の長さが掌の半分しかない場合は、臆病、弱さ、貪欲さを示す。

健康線が曲がりくねっていれば盗みの嗜好を与える。逆に真っ直ぐであれば、清廉な良心と正しい心の証である。

この線が中央で途切れて半円形を形成していれば、猛獣による大きな危機にさらされる予兆である。幸福線または幸運線は、先述のように人差し指の付け根の下から始まり、小指の根元の手前で掌の基部に終わる。

これは健康線とほぼ平行である。もし幸運線が均等で真っ直ぐ、十分に長く明確であれば、優れた資質、強さ、謙虚さ、そして善への不変の意志を暗示する。

もし人差し指の付け根の下ではなく、掌のかなり上から始まれば、それは傲慢の兆候である。上部が非常に赤ければ、妬みを示す。

もし幸運線に掌の上部に向かう小さな枝のような線が多くあれば、名誉、幸福、権力、富を予兆する。しかし、この線が完全に裸で、枝がなく滑らかであれば、貧困と不幸を予期させる。

幸運線上に小さな十字があれば、それは寛大な心、誠実さ、優しさ、あらゆる美徳を備えた友の証である。もし幸福線が先述の起点ではなく、親指と人差し指の間から始まり、健康線と鋭角を成すならば、大きな危機や悲しみに見舞われると予想すべきである。

健康線が掌の中央になく、生命線と幸福線が起点で結合して角を成している場合、それは戦場で首を落とされるか、何らかの事件で致命傷を負う予兆である。幸運線が上部で真っ直ぐで細い場合、家を統治し、事態に誠実に対処する才能を与える。

中央が小さな横線で分断されていれば、二枚舌であることを示す。線が全長にわたって青白い場合は、恥じらいと貞潔を約束する。

三角線は多くの手に欠けているが、それが不運を意味するわけではない。三角線が真っ直ぐで明らか(通常はほとんど見えないが)であり、健康線まで伸びていれば、大きな富を約束する。

中指の付け根近くまで伸びれば、最も幸福な成功をもたらす。しかし、小指の付け根の下、掌の下部で途切れていれば、対立を招く。

親指の付け根にあり、生命線まで伸びる肉厚な隆起は「金星丘」と呼ばれる。この隆起が柔らかく滑らかで皺がない場合、幸運な気質の指標である。

この丘に生命線と平行する小さな線があれば、富の予兆である。親指に爪から関節にかけて小さな線が走っていれば、大きな遺産を約束する。

しかし、親指に関節の皺のように横線が切り込んでいる場合は、長く危険な旅をすることを意味する。親指やその付け根に点や星の形があれば、陽気であることを示す。

人差し指の付け根にある隆起は「木星丘」と呼ばれる。この隆起が滑らかで心地よい色をしていれば、幸運な資質と徳を重んじる心の兆候である。

小さく穏やかに記された線が多くあれば、名誉や重要な地位を受けるだろう。掌の中、中指の付け根に隆起している部分は「土星丘」と呼ばれる。

この隆起が滑らかで自然な色であれば、簡素さと勤勉さを表す。しかし、細かい皺が多くあれば、不安の兆候であり、すぐに悲しみにふける精神の指標である。

中指と掌を隔てる関節に歪んだ皺があれば、判断の遅さ、怠惰な精神、理解の鈍さを指し示す。中指の下、第二関節と爪に近い関節の間に小さな十字の形があれば、将来にとって幸福な兆しである。

薬指の付け根にある隆起は「太陽丘」と呼ばれる。この隆起に小さな線が自然に刻まれていれば、活発で幸福な精神、雄弁さ、仕事の才能、多少の傲慢さを暗示する。

もしその線が2本だけであれば、雄弁さは減るが、謙虚さが増す。薬指の付け根が交差する線で覆われていれば、その持ち主は敵に勝利し、ライバルに打ち勝つだろう。

小指の付け根に掌の中に隆起している部分は「水星丘」と呼ばれる。この隆起が滑らかで皺がなければ、幸運な気質、精神と心の不変性を持つ。

男性であれば謙虚さ、女性であれば貞潔の証である。この隆起が小指に向かう2本の軽い線で横切られていれば、気前の良さの兆しである。

掌の下側の縁、水星丘の下、幸運線から精神線の末端までの空間は「月丘」と呼ばれる。この空間が滑らかで柔らかく清潔であれば、魂の平和と自然に穏やかな精神を示す。

強く色づいていれば、悲しみ、憂鬱な精神、メランコリーな気質の兆候である。この空間に皺が多くあれば、旅や海での危険を暗示する。

掌の下側の縁、月丘の内側、精神線の末端から関節線の末端までの空間は「火星丘」と呼ばれる。この空間が滑らかで柔らかく清潔であれば、真の勇気と常に慎重さが伴う勇敢さの性格を示す。

強く色づいていれば、大胆さと無鉄砲さを指し示す。火星丘に太い皺がある場合、その皺の深さと長さに応じて、多かれ少なかれ大きな危険を意味する。

また、線が青ざめていれば強盗の手にかかる可能性のある死の予兆であり、非常に赤ければ戦場での栄光の死を、真っ直ぐであれば戦死を意味する。火星丘上の十字は、名誉や指揮権を約束する。

爪の兆候も忘れてはならない。爪の小さな白い斑点は恐れを予兆する。

黒ければ恐怖と危険を、赤ければ(稀だが)不幸と不正を、純白であれば希望と幸福を告げる。これらの兆候が爪の付け根にある場合、それが予兆する事象は遠い先のことである。

時が経つにつれてこれらは近づき、恐れや希望が現実のものとなるときには爪の頂上に現れる。男性でも女性でも、手が非常に幸福であるためには、ふっくらとしすぎておらず、やや長く、指が丸すぎず、関節の結び目が区別できることが必要である。

色は新鮮で柔らかく、爪は幅より長くあるべきだ。生命線は明確で均等、新鮮で中断されることなく、関節線の中で消えるのが良い。

健康線は掌の4分の3を占め、幸運線は枝分かれして鮮やかな色をしているべきである。手相術を扱うすべての本に見られるように、この分野の学識者は手による占いに2つの種類を認めている。

手を見るだけで個人の性格や運命を占う物理的手相術と、手相の線に対する惑星の影響を調べ、それらの影響を計算して性格を決定し未来を予言できると信じる占星術的手相術である。我々は物理的手相術の原理に重きを置いた。

なぜなら、それこそが現在でも用いられている唯一の方法だからである。また、それは最も明快で最も古い方法でもある。

アリストテレスは手相術を確かな学問と見なしていたし、アウグストゥス帝自身も手による占いを行っていた。しかし、悪魔学者たちは、ネクロマンシー(降霊術)を多少なりとも伴わずに手相占い師になることはできず、この術によって正確に予言する者は、しばしば悪霊に触発されていると考えている。

サルグ氏は「手相術において、親指全体を取り囲む円形の線には用心せよ」と述べている。カバリストたちはこれを「ギゲスの指輪」と呼び、アドリアン・シクレルは、それを持つ者はある日、致命的な紐が自分の頸静脈を締め付ける危険があると警告している。

これを証明するために、彼は十分にこの不吉な図形を警戒せず、実際に絞首刑に処せられた海軍少尉ジャカン・コーモンを例に挙げている。もしこの円が外側で二重、内側で一重であれば、さらに悪く、その悲劇的な経歴が車裂きの刑で終わることに疑いはない。

同じアドリアン・シクレルは、1559年にこの死の兆候を第一関節に持っていた、ニームの有名な不信心者が車裂きにされたことを知っている。各個人の運命を明らかにし、ホロスコープを固定するために、最も高名な手相術師によって記述・指摘されたすべての線をここに描き出すことは不可能である。

しかし、アイザック・キム・カーが70の手相図を世に送り出し、学識あるメランポスは12、深遠なコンポトゥスは8、ジャン・ド・ハーゲンは37、鋭敏なロンフィリウスは6、博学なコルヴァエウスは150、ジャン・シルスは20、パトリス・トリカススは80、ジャン・ベロは4、トライズネルは40、ペルショは6の図を提示したことを知っておくのは良いことだ。これらを合わせると、諸君の洞察力を試すための423の手相が存在する。

しかし、諸君は経験と事実が手相術を支持していると言うかもしれない。あるギリシャ人が、トスカーナ大公アレッサンドロ・デ・メディチの手を見て暴力的な死を予言し、実際に彼は従兄弟のロレンツォ・デ・メディチによって暗殺された。

こうした事実は何も証明しない。なぜなら、ある手相占い師が一度や二度的中させたとしても、千回は間違えたからである。

実際、太陽が自分の人差し指の動きを調整する(占星術的手相術の大家たちが言うように)とか、金星が親指を、水星が小指を世話しているなどと、どの理知的な人間が信じるだろうか。なんと、木星は我々から果てしなく遠く離れており、我々が住む小さな地球よりも1400倍も大きく、その軌道を12年かけて公転しているのに、それが諸君の中指に関心を持っているとでも言うのか!…」 ブリュイエール医師は、その著書『想像力の気まぐれ』の中で、陽気な気質を持つ40歳の男が、ホロスコープを占うために呼ばれた女と社交場で出会った話を報告している。

男が手を見せると、老婆は溜息をつきながら彼を見た。「なんと愛想の良い人が、あと1ヶ月しか生きられないとは、なんとも残念なことでしょう!」。

しばらくして、男は狩りで熱中し、熱病に襲われ、想像力がかき立てられ、ボヘミア人の予言は文字通り実現したのである。前世紀の重要人物であるライヨン氏は、若い頃、ボヘミア人に占いをしてもらった際、何よりも彼に運命を左右する「絞首台(échafaud)」に気をつけるよう助言されたという話をよく語っていた。

彼の地位や振る舞いからして、そのような恐れからは確実に守られているはずであった。しかしながら、その悲しいホロスコープは、残念なことに実現した。

ただし、その言葉が一般に悪い意味で解釈されるものとは全く異なる方法で。パリに滞在していた彼は、ホテルを建設中であり、労働者が命令通りに実行しているか自ら確認しようとした。

粗末に作られた工事用の足場(échafaud)に登った際、それが彼の下で折れ、30フィートの高さから転落し、即死したのである。

※ ボルボリト派は 紀元後3世紀頃のグノーシス主義の一派で 物質的な肉体やその機能を重視した独特の教義を持っていたことで知られる

※ ギゲスの指輪は 古代ギリシャの哲学者プラトンの『国家』に登場する 持ち主を透明にする伝説の指輪

※ ロバの皮は シャルル・ペローの童話でも知られる 王から逃れるためにロバの皮を被って変装した王女の物語

※ アレッサンドロ・デ・メディチは 1537年に暗殺されたトスカーナ大公で 本作中の手相占いの逸話は運命の不可避性を示す例としてしばしば引用される

原文:
Main. On s’est moqué avec raison des borborites, secte hérétique des premiers siècles de l’Église, qui avaient des idées absurdes en théologie, et qui disaient que la main est toute la civilisation de l’homme ; que sans la main l’homme ne serait qu’un cheval ou un bœuf ; que l’esprit ne serait bon à rien avec des pieds fourchus ou des mains de corne ou des pattes à longues griffes. Ils faisaient un système d’origines ; ils contaient que l’homme, dans le commencement, n’avait que des pattes comme les chiens ; que tant qu’ils n’eurent que des pattes, les hommes, comme des brutes, vécurent dans la paix, l’heureuse ignorance et la concorde ; mais, ajoutaient-ils, un génie prit les hommes en affection et leur donna des mains. Dès lors nos pères se trouvèrent adroits ; ils se firent des armes, ils subjuguèrent les autres animaux, ils imaginèrent, ils produisirent avec leurs mains des choses surprenantes, bâtirent des maisons, taillèrent des habits et firent des peintures. Ôtez à l’homme ses mains, disaient-ils, et, avec tout son esprit, vous verrez ce qu’il deviendra.

Mais nous avons les mains, et c’est Dieu qui nous les a données. Quoique nous n’en possédions que deux, la loi de l’égalité si vantée, cette loi impossible, a échoué aussi dans nos mains. Il y a de l’aristocratie jusque-là. La main droite se croit bien au-dessus de la main gauche ; c’est un vieux préjugé qu’elle a de temps immémorial. Aristote cite l’écrevisse comme un être privilégié, parce qu’il a la patte droite beaucoup plus grosse que la gauche. Dans les temps anciens, les Perses et les Mèdes faisaient comme nous leurs serments de la main droite. Les nègres regardent la main gauche comme la servante de l’autre ; elle est, disent-ils, faite pour le travail, et la droite seule a le droit de porter les morceaux à la bouche et de toucher le visage. Un habitant du Malabar ne mangerait pas d’aliments que quelqu’un aurait touchés de la main gauche. Les Romains donnaient une si haute préférence à la droite que, lorsqu’ils se mettaient à table, ils se couchaient toujours sur le côté gauche pour avoir l’autre entièrement libre. Ils se défiaient tellement de la main gauche, qu’ils ne représentaient jamais l’amitié qu’en la figurant par deux mains droites réunies. Chez nous, toutes ces opinions ont survécu. Les gens superstitieux prétendent même qu’un signe de croix fait de la main gauche n’a aucune valeur. Aussi on habitue les enfants à tout faire de la main droite et à regarder la gauche comme nulle, tandis que peut-être il y aurait avantage à se servir également des deux mains.

Puisqu’on attache à la main une si juste importance, on doit voir sans surprise que des savants y aient cherché tout le sort des hommes. On a écrit d’énormes volumes sous le titre de chiromancie ou divination par la main. Cette science bizarre présente une foule d’indices qui sont au moins curieux ; c’est toute la science des bohémiennes, que nos pères regardaient ordinairement comme des prophétesses et que l’on écoute encore dans les campagnes. De tout temps, dit-on, l’homme fut de glace pour les vérités et de feu pour les mensonges ; il est surtout ami du merveilleux. Si Peau d’Âne m’était conté, a dit la Fontaine, j’y prendrais un plaisir extrême. Voilà la cause de la crédulité que nos bons aïeux accordaient aux bohémiennes ; et voici les principes de l’art de dire la bonne aventure dans la main, science célèbre parmi les sciences mystérieuses, appelée par les adeptes chiromancie, xeiromancie et chiroscopie.

Il y a dans la main plusieurs parties qu’il est important de distinguer : la paume ou dedans de la main, le poing ou dehors de la main lorsqu’elle est fermée, les doigts, les ongles, les jointures, les lignes et les montagnes. — Il y a cinq doigts : le pouce, l’index, le doigt du milieu, l’annulaire, l’auriculaire ou petit doigt. Il y a quinze jointures : trois au petit doigt, trois à l’annulaire, trois au doigt du milieu, trois à l’index, deux au pouce et une entre la main et le bras. Il y a quatre lignes principales. La ligne de la vie, qui est la plus importante, commence au haut de la main, entre le pouce et l’index, et se prolonge au bas de la racine du pouce jusqu’au milieu de la jointure qui sépare la main du bras ; la ligne de la santé et de l’esprit, qui a la même origine que la ligne de vie, entre le pouce et l’index, coupe la main en deux et finit au milieu de la base de la main, entre la jointure du poignet et l’origine du petit doigt ; la ligne de la fortune ou du bonheur, qui commence à l’origine de l’index, finit sous la base de la main, en deçà de la racine du petit doigt ; enfin la ligne de la jointure, qui est la moins importante, se trouve sous le bras, dans le passage du bras à la main ; c’est plutôt un pli qu’une ligne. On remarque une cinquième ligne qui ne se trouve pas dans toutes les mains ; elle se nomme ligne du triangle, parce que, commençant au milieu de la jointure, sous la racine du pouce, elle finit sous la racine du petit doigt. Il y a aussi sept tubérosités ou montagnes, qui portent le nom des sept planètes. Nous les désignerons tout à l’heure. Pour la chiromancie, on se sert toujours de la main gauche, parce que la droite, étant plus fatiguée, quoique plus noble, présente quelquefois dans les lignes des irrégularités qui ne sont point naturelles. On prend donc la main gauche lorsqu’elle est reposée, un peu fraîche et sans aucune agitation, pour voir au juste la couleur des lignes et la forme des traits qui s’y trouvent. La figure de la main peut déjà donner une idée, sinon du sort futur des personnes, au moins de leur naturel et de leur esprit. En général, une grosse main annonce un esprit bouché, à moins que les doigts ne soient longs et un peu déliés. Une main potelée, avec des doigts qui se terminent en fuseau, comme on se plaît à en souhaiter aux femmes, n’annonce pas un esprit très-étendu. Des doigts qui rentrent dans la main sont le signe non équivoque d’un esprit lent, quelquefois d’un naturel enclin à la fourberie. Des doigts qui se relèvent au-dessus de la main annoncent des qualités contraires. Des doigts aussi gros à l’extrémité qu’à la racine n’annoncent rien de mauvais. Des doigts plus gros à la jointure du milieu qu’à la racine n’annoncent rien que de bon.

Nous donnons sérieusement ces détails, ne pensant pas qu’il soit nécessaire de les réfuter.

Une main large vaut mieux qu’une main trop étroite. Pour qu’une main soit belle, il faut qu’elle porte en largeur la longueur du doigt du milieu. Si la ligne de la jointure, qui est quelquefois double, est vive et colorée, elle annonce un heureux tempérament. Si elle est droite, également marquée dans toute sa longueur, elle promet des richesses et du bonheur. Si la jointure présentait quatre lignes visibles, égales et droites, on peut s’attendre à des honneurs, à des dignités, à de riches successions. Si elle est traversée de trois petites lignes perpendiculaires ou marquée de quelques points bien visibles, c’est le signe certain qu’on sera trahi. Des lignes qui partent de la jointure et se perdent le long du bras annoncent qu’on sera exilé. Si ces lignes se perdent dans la paume de la main, elles présagent de longs voyages sur terre et sur mer. Une femme qui porte la figure d’une croix sur la ligne de la jointure est chaste, douce, remplie d’honneur et de sagesse ; elle fera le bonheur de son époux. Si la ligne de vie, qui se nomme aussi ligne du cœur, est longue, marquée, égale, vivement colorée, elle présage une vie exempte de maux et une belle vieillesse. Si cette ligne est sans couleur, tortueuse, courte, peu apparente, séparée par de petites lignes transversales, elle annonce une vie courte, une mauvaise santé. Si cette ligne est étroite, mais longue et bien colorée, elle désigne la sagesse, l’esprit ingénieux. Si elle est large et pâle, c’est le signe quelquefois de la sottise. Si elle est profonde et d’une couleur inégale, elle dénote la malice, le babil, la jalousie, la présomption. Lorsqu’à son origine, entre le pouce et l’index, la ligne de vie se sépare en deux, de manière à former la fourche, c’est le signe de l’inconstance. Si cette ligne est coupée vers le milieu par deux petites lignes transversales bien apparentes, c’est le signe d’une mort prochaine. Si la ligne de vie est entourée de petites rides qui lui donnent la forme d’une branche chargée de rameaux, pourvu que ces rides s’élèvent vers le haut de la main, c’est le présage des richesses. Si ces rides sont tournées vers le bas de la main, elles annoncent la pauvreté. Toutes les fois que la ligne de vie est interrompue, brisée, c’est autant de maladies.

La ligne de la santé et de l’esprit est aussi appelée ligne du milieu. Lorsqu’elle est droite, bien marquée, d’une couleur naturelle, elle donne la santé et l’esprit, le jugement sain, une heureuse mémoire et une conception vive. Si elle est longue, on jouira d’une santé parfaite. Si elle est tellement courte qu’elle n’occupe que la moitié de la main, elle dénote la timidité, la faiblesse, l’avarice. Si la ligne de santé est tortueuse, elle donne le goût du vol ; droite, au contraire, c’est la marque d’une conscience pure et d’un cœur juste. Si cette ligne s’interrompt vers le milieu pour former une espèce de demi-cercle, c’est le présage qu’on sera exposé à de grands périls avec les bêtes féroces. La ligne de la fortune ou du bonheur commence, comme nous l’avons dit, sous la racine de l’index, et se termine à la base de la main, en deçà de la racine du petit doigt : elle est presque parallèle à la ligne de santé. Si la ligne de la fortune est égale, droite, assez longue et bien marquée, elle annonce un excellent naturel, la force, la modestie et la constance dans le bien. Si, au lieu de commencer sous la racine de l’index, entre l’index et le doigt du milieu, elle commence presque au haut de la main, c’est le signe de l’orgueil. Si elle est très-rouge dans sa partie supérieure, elle dénote l’envie. Si la ligne de la fortune est chargée de petites lignes formant des rameaux qui s’élèvent vers le haut de la main, elle présage des dignités, le bonheur, la puissance et les richesses ; mais si cette ligne est absolument nue, unie, sans rameaux, elle prépare la misère et l’infortune. S’il se trouve une petite croix sur la ligne de la fortune, c’est la marque d’un cœur libéral, ami de la véracité, bon, affable, orné de toutes les vertus. Si la ligne du bonheur ou de la fortune, au lieu de naître où nous l’avons dit, prend racine entre le pouce et l’index, au même lieu que la ligne de santé, de façon que les deux lignes forment ensemble un angle aigu, on doit s’attendre à de grands périls, à des chagrins. Si la ligne de santé ne se trouvait pas au milieu de la main, et qu’il n’y eût que la ligne de vie et la ligne de la fortune et du bonheur réunies à leur origine, de manière à former un angle, c’est le présage qu’on perdra la tête à la bataille ou qu’on sera blessé mortellement dans quelque affaire. Si la ligne de la fortune est droite et déliée dans sa partie supérieure, elle donne le talent de gouverner sa maison et de faire face honnêtement à ses affaires. Si cette ligne est interrompue vers le milieu par de petites lignes transversales, elle indique la duplicité. Si la ligne de la fortune est pâle dans toute sa longueur, elle promet la pudeur et la chasteté. La ligne du triangle manque dans beaucoup de mains, sans qu’on en soit plus malheureux. Si la ligne du triangle est droite, apparente (car ordinairement elle paraît peu) et qu’elle s’avance jusqu’à la ligne de la santé, elle promet de grandes richesses. Si elle se prolonge jusque vers la racine du doigt du milieu, elle donne les plus heureux succès. Mais si elle se perd au-dessous de la racine du petit doigt, vers le bas de la main, elle amène des rivalités. Si elle est tortueuse, inégale, de quelque côté qu’elle se dirige, elle annonce qu’on ne sortira pas de la pauvreté.

L’éminence ou gonflement charnu qui se trouve à la racine du pouce et s’étend jusqu’à la ligne de la vie se nomme la montagne de Vénus. Quand cette tubérosité est douce, unie, sans rides, c’est l’indice d’un heureux tempérament. Si cette montagne est ornée d’une petite ligne parallèle à la ligne de vie et voisine de cette ligne, c’est le présage des richesses. Si le pouce est traversé dans sa longueur de petites lignes qui se rendent de l’ongle à la jointure, ces lignes promettent un grand héritage. Mais si le pouce est coupé de lignes transversales, comme le pli des jointures, c’est le signe qu’on fera des voyages longs et périlleux. Si le pouce ou la racine du pouce présente des points ou des étoiles, c’est la gaieté.

L’éminence qui se trouve à la racine de l’index se nomme la montagne de Jupiter. Quand cette tubérosité est unie et agréablement colorée, c’est le signe d’un heureux naturel et d’un cœur porté à la vertu. Si elle est chargée de petites lignes doucement marquées, on recevra des honneurs et des dignités importantes. La tubérosité qui s’élève dans la paume de la main, à la racine du doigt du milieu, se nomme la montagne de Saturne. Si cette éminence est unie et naturellement colorée, elle marque la simplicité et l’amour du travail ; mais si elle est chargée de petites rides, c’est le signe de l’inquiétude, c’est l’indice d’un esprit prompt à se chagriner. Si la jointure qui sépare la main du doigt du milieu présente des plis tortueux, elle désigne un jugement lent, un esprit paresseux, une conception dure. Une femme qui aurait sous le doigt du milieu, entre la seconde jointure et la jointure voisine de l’ongle, la figure d’une petite croix, porterait là un signe heureux pour l’avenir.

La tubérosité qui se trouve à la racine du doigt annulaire se nomme la montagne du Soleil. Si cette montagne est chargée de petites lignes naturellement marquées, elle annonce un esprit vif et heureux, de l’éloquence, des talents pour les emplois, un peu d’orgueil. Si ces lignes ne sont qu’au nombre de deux, elles donnent moins d’éloquence, mais aussi plus de modestie. Si la racine du doigt annulaire est chargée de lignes croisées les unes sur les autres, celui qui porte ce signe sera victorieux sur ses ennemis et l’emportera sur ses rivaux. L’éminence qui s’élève dans la main à la racine du petit doigt se nomme la montagne de Mercure. Si cette éminence est unie, sans rides, on aura un heureux tempérament, de la constance dans l’esprit et dans le cœur ; pour les hommes, de la modestie ; pour les femmes, de la pudeur. Si cette éminence est traversée par deux lignes légères qui se dirigent vers le petit doigt, c’est la marque de la libéralité.

L’espace qui se trouve sur le bord inférieur de la main au-dessous de la montagne de Mercure, depuis la ligne du bonheur jusqu’à l’extrémité de la ligne de l’esprit, se nomme la montagne de la Lune. Quand cet espace est uni, doux, net, il indique la paix de l’âme et un esprit naturellement tranquille. Lorsqu’il est fort coloré, c’est le signe de la tristesse, d’un esprit chagrin et morose, et d’un tempérament mélancolique. Si cet espace est chargé de rides, il annonce des voyages et des dangers sur mer.

L’espace qui se trouve au bord inférieur de la main, en deçà de la montagne de la Lune, depuis l’extrémité de la ligne de l’esprit jusqu’à l’extrémité inférieure de la ligne de la jointure, se nomme la montagne de Mars. Quand cet espace est uni, doux et net, il est le caractère du vrai courage et de cette bravoure que la prudence accompagne toujours. S’il est fortement coloré, il désigne l’audace, la témérité. Lorsque la montagne de Mars est chargée de grosses rides, ces rides sont autant de dangers plus ou moins grands, suivant leur profondeur et leur longueur ; c’est aussi le présage d’une mort possible entre les mains des brigands, si les lignes sont livides ; elles sont l’indice d’un trépas funeste si elles sont fort rouges, d’une mort glorieuse au champ de bataille si elles sont droites. Des croix sur la montagne de Mars promettent des dignités et des commandements.

N’oublions pas les signes des ongles. De petits signes blanchâtres sur les ongles présagent des craintes ; s’ils sont noirs, ils annoncent des frayeurs et des dangers ; s’ils sont rouges, ce qui est plus rare, des malheurs et des injustices ; s’ils sont d’un blanc pur, des espérances et du bonheur. Quand ces signes se trouvent à la racine de l’ongle, l’accomplissement de ce qu’ils présagent est éloigné. Ils se rapprochent avec le temps, et se trouvent à la sommité de l’ongle quand les craintes et les espérances se justifient par l’événement.

Pour qu’une main d’homme ou de femme soit très-heureuse, il faut qu’elle ne soit pas trop potelée, qu’elle soit un peu longue, que les doigts ne soient pas trop arrondis, que l’on distingue les nœuds des jointures. La couleur en sera fraîche et douce, les ongles plus longs que larges ; la ligne de la vie, bien marquée, égale, fraîche, ne sera point interrompue et s’éteindra dans la ligne de la jointure. La ligne de la santé occupera les trois quarts de l’étendue de la main. La ligne de la fortune sera chargée de rameaux et vivement colorée.

On voit, dans tous les livres qui traitent de la chiromancie, que les doctes en cette matière reconnaissaient deux sortes de divinations par le moyen de la main : la chiromancie physique, qui, par la simple inspection de la main, devine le caractère et les destinées des personnes ; et la chiromancie astrologique, qui examine les influences des planètes sur les lignes de la main, et croit pouvoir déterminer le caractère et prédire ce qui doit arriver en calculant ces influences. Nous nous sommes plus appesanti sur les principes de la chiromancie physique, parce que c’est la seule qui soit encore en usage. C’est aussi la plus claire et la plus ancienne.

Aristote regarde la chiromancie comme une science certaine ; Auguste disait lui-même la bonne aventure dans la main. Mais les démonomanes pensent qu’on ne peut pas être chiromancien sans avoir aussi un peu de nécromancie, et que ceux qui devinent juste en vertu de cette science sont inspirés souvent par quelque mauvais esprit.

« Gardez-vous, en chiromancie, dit M. Salgues, des lignes circulaires qui embrasseraient la totalité du pouce ; les cabalistes les nomment l’anneau de Gygès, et Adrien Sicler nous prévient que ceux qui les portent courent risque qu’un jour un lacet fatal ne leur serre la jugulaire. Pour le prouver, il cite Jacquin Caumont, enseigne de vaisseau, qui fut pendu, ne s’étant pas assez méfié de cette funeste figure. Ce serait bien pis si ce cercle était double en dehors et simple en dedans : alors nul doute que votre triste carrière ne se terminât sur une roue. Le même Adrien Sicler a connu à Nîmes un fameux impie qui fut roué en 1559, et qui portait ce signe mortel à la première phalange.

» Il n’est pas possible de vous tracer toutes les lignes décrites et indiquées par les plus illustres chiromanciens pour découvrir la destinée et fixer l’horoscope de chaque individu ; mais il est bon que vous sachiez qu’Isaac Kim-Ker a donné soixante-dix figures de mains au public ; le docte Mélampus, douze ; le profond Compotus, huit ; Jean de Hagen, trente-sept ; le subtil Romphilius, six ; l’érudit Corvæus, cent cinquante ; Jean Cirus, vingt ; Patrice Tricassus, quatre-vingts ; Jean Belot, quatre ; Traisnerus, quarante, et Perrucho, six ; ce qui fait de bon compte quatre cent vingt-trois mains sur lesquelles votre sagacité peut s’exercer. Mais, dites-vous, l’expérience et les faits parlent en faveur de la chiromancie. Un Grec prédit à Alexandre de Médicis, duc de Toscane, sur l’inspection de sa main, qu’il mourrait d’une mort violente ; et il fut en effet assassiné par Laurent de Médicis, son cousin. De tels faits ne prouvent rien ; car, si un chiromancien rencontra juste une fois ou deux, il se trompa mille fois. À quel homme raisonnable persuadera-t-on en effet que le soleil se mêle de régler le mouvement de son index (comme le disent les maîtres en chiromancie astrologique) ? que Vénus a soin de son pouce, et Mercure de son petit doigt ? Quoi ! Jupiter est éloigné de vous immensément ; il est quatorze cents fois plus gros que le petit globe que vous habitez, et décrit dans son orbite des années de douze ans, et vous voulez qu’il s’occupe de votre doigt médius !… »

Le docteur Bruhier, dans son ouvrage des Caprices de l’imagination, rapporte qu’un homme de quarante ans, d’une humeur vive et enjouée, rencontra en société une femme qu’on avait fait venir pour tirer des horoscopes. Il présente sa main ; la vieille le regarde en soupirant : — Quel dommage qu’un homme si aimable n’ait plus qu’un mois à vivre ! — Quelque temps après, il s’échauffe à la chasse, la fièvre le saisit, son imagination s’allume, et la prédiction de la bohémienne s’accomplit à la lettre. »

Un personnage important du dernier siècle, M. Raillon, racontait souvent que, dans sa jeunesse, s’étant fait dire sa bonne aventure par une bohémienne, elle lui avait surtout conseillé de prendre garde à l’échafaud, qui lui serait funeste. Son état et sa conduite le mettaient certainement à l’abri de toute crainte à cet égard. Cependant, le triste horoscope s’est malheureusement accompli, quoique d’une manière bien différente du sens que l’on attribue à ce mot pris en mauvaise part. Étant à Paris, et se faisant bâtir un hôtel, il voulut voir par lui-même si les ouvriers exécutaient bien ses ordres. Monté sur un échafaud mal construit, qui cassa sous lui, il tomba de trente pieds de hauteur, et resta mort sur le coup.
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